Association Villiéraine Historique

et Culturelle Guillaume Budé

Musée : 31, rue Louis Lenoir 94350 Villiers-sur-Marne    I     Horaires : mercredi et samedi après-midi de 14H00 à 17H00

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L’atelier écriture.


Dans cette période du tout numérique où l’image règne en maître que seraient les outils d’intelligence artificielle sans les écrits. Il est vrai que l’écriture est une image de notre pensée. À côté d’une langue parlée, la langue la plus connue des Égyptiens se dessine sous la forme de ce qu’on appelle les hiéroglyphes.

Que fait notre main quand elle écrit, elle ne fait que dessiner des lettres. Chacune de ses lettres forme un mot, ce mot représentant la pensée du moment où il est écrit. L’ensemble de ces mots écrits forme des phrases composent un récit.


Ce récit finira par prendre la forme d’un journal, d’une nouvelle ou d’un roman pour les écrivains les plus audacieux. Aujourd’hui, ces mots prennent la forme d’un article pour ce journal. Article dont l’objet est de vous présenter l’atelier d’ écriture. Nous ne sommes pas là pour vous apprendre à écrire (La calligraphie s’apprend à l’école). Notre but est de vous aider à trouver des idées, des thèmes pour lesquels il vous sera demandé de les développer. Tout cela sous formes de jeux et dans une ambiance conviviale et sympathique.


Patrick Dupont - Journal n°45


Et les cris se turent.


Cette année, cinq encéphales se sont retrouvés mensuellement. Après quelques agapes spirituelles pour délier leurs neurones, ils sont pressés tels des oranges pour en extraire le meilleur de leur jus retranscrit dans des textes toujours spirituels. Ces textes sont ensuite lus, afin que chaque matière grise en tire la substantifique moelle.


Le but n'en est pas la publication, mais de permettre à chacun de trouver les mots utiles à placer, tels un cataplasme, sur leurs maux.

Ces textes font bien évidemment appel à la mémoire et la culture emmagasinées dans chacun des brillants cerveaux présents. Tout cela dans la bonne humeur et avec le plaisir de se retrouver et de se distraire chaque fois.

Et pour conclure cette année, ils ont concocté pour vous une nouvelle que vous pourrez lire plus loin.

Patrick Dupont, meneur de jeux.



Les cancans de Caen.


Courir le long du chemin enchanteur de la Vallée de la Lude. Respirer l'odeur suave des fleurs de pruneliers après la pluie. Entendre le ramdam des merles affairés dans les taillis serrés.

Ces pensées suffisent à Odile pour démarrer un énième jogging. Son dernier.

Ce lundi de Pâques, la découverte de son corps encastré dans les rochers de Carolles retentit comme une traînée de poudre, se propage bien au-delà de sa Normandie natale.

Sa mort a fait « la une » des quotidiens régionaux. La première page du journal de La Manche Libre titre en gros caractères « Jogging mortel à Carolles », Ouest-France consacre une colonne entière à l’événement : « Course fa-tale au rocher du Sard », quand l’hebdomadaire Paris Nor-mandie, plus sobre, se limite à un petit encart, intitulé « Funeste destin ».

Depuis, les détails de l’affaire alimentent toutes les conversations, alternent entre accusation, compréhension, bienveillance et compassion. …. « quelle horreur : sa tête fracassée contre la Chaise du Diable » …. « Les sauveteurs, n’ont rien pu faire… ».

La fatalité de notre fragile existence resurgit immanquablement : « Mauvais jour, mauvais endroit » …. « 60 ans, c’est trop jeune pour mourir »…. « 60 ans, c’est déjà bien ! C’est déjà une chance d’arriver en forme jusque-là »…. D’autres s’émeuvent, valorisent ou prient « c’était une Belle personne. Paix à son âme », mais aussi « quelle idée d’aller courir toute seule ….à son âge, dans un chemin escarpé, c’est tenter le diable!!… »

Et puis, la découverte du corps par un promeneur et son chien ne laisse personne indifférent, les fervents défenseurs de la race canine n’hésitent pas à encenser Filou : « C’est grâce au chien. Ce Filou, un boxer, une race de gentils molosses… oui, oui, des gentils molosses à ce qu’on dit …. »  


« Ses aboiements sourds et insistants, ont intrigués son maître » …. « C’est grâce à Filou, qu’il a pu repérer les deux petits points Fuchsia en contrebas du chemin »…. « le fuchsia, c’est la couleur de ses deux baskets restées solidement accrochées aux pieds de son corps démantibulé, désarticulé…. » ….. « Pieds en l’air-tête en bas, comme si le Fuchsia guidait la montée céleste sans retour …. »

 

La mort, la mort d’Odile Lenormand, ses baskets Air Fuchsia à plaque carbone de haute technologie, le Rocher du Diable commencent à « faire légende » dans une contrée qui n’en manque point.

Mais, il semble plus rationnel de retenir que les sols instables  détrempés par les pluies diluviennes de ses dernières années, avaient eu raison de son corps sportif, entretenu avec une méticulosité extrême.

 

C'est une bâtisse de pierre recouverte de lierre et de glycine. La grille   d'entrée est en fer forgé et grince à chaque fois qu'on l'ouvre. La maison est  entourée  d'un  jardin clos, comme un jardin de curé. Quelques arbres fruitiers subsistent : des pommiers et un cerisier.


La porte d'entrée de la maison est ouverte et donne sur un couloir recouvert de tommettes rouges bien cirées. Il sépare le salon salle à manger d'un côté et de l'autre la cuisine aux meubles rustiques qui sentent la cire d'abeilles.

Au fond du couloir mal éclairé, un large escalier dont les marches grincent mène à l'étage, aux chambres.


Le lendemain des obsèques de leur mère Odile Lenormand, morte subitement et bêtement  (elle faisait son  jogging hebdomadaire et elle a chuté des Falaises de Carolles), les 3 sœurs, Sidonie (30 ans) nonne au Carmel de Bayeux, Aglaé (25 ans) mercière à  Renouville, accompagnée d'Armand (33ans), son jeune chaste et récent compagnon, et Roberte (20 ans) étudiante en cinéma et arts du spectacle à Lyon sont réunies autour d'un café servi sur la vieille toile cirée de la cuisine. Elles sont là pour discuter du  devenir de la maison familiale.

Elle aurait pu rester dans l'indivision, chacune venant à l'occasion profiter des lieux de son enfance.

Aglaé d'ailleurs fait part de sa grande envie de conserver la maison, mais c'est alors que Sidonie, la nonne, jette un froid : Sa Congrégation entendrait bénéficier de sa part   d'héritage. Elles décidèrent donc, à grands regrets, de procéder à la vente et vider les lieux, de se défaire des biens d'Odile.

 

Il faut d'abord trier les papiers et les nombreux documents.

On ouvre le secrétaire d'Odile. Une montagne de documents se  libère. On les entassent sur la table. Un coffret en précieux bois d'ébène, fermé à clé, se trouvait noyé sous cette montagne de papiers. Une étiquette est accolée au dos du coffret "A n'ouvrir qu'après mon décès". Mais où est la clé ? On cherche, on fouille, et accrochée sur le côté du secrétaire, on trouve la clé. Que vont-elles découvrir ? Odile était une mère fantasque, non conventionnelle (elle a eu ses 3 filles de 3 pères différents! et elles portent toutes le nom de leur mère. Elles s'attendent à tout.

 

Aglaé procède à l'ouverture du précieux coffret. Apparaît alors un   cahier à spirales sur lequel Odile a écrit d'une belle écriture de jeune fille "ma vie, mon histoire, mes secrets..."

 

Lecture du cahier par Aglaé :

"Je suis Odile Lenormand, je suis née le 9 mai 1945.

Jusqu'au jour de mes 16 ans, j'ai vécu l'enfance heureuse d'une gamine normande entre Cabourg et Ouistreham, Toute cette côte était en reconstruction après les dégâts du débarquement.   

 

1961, le bal du 14 juillet à Cabourg, nous y étions avec mes parents. Je m'amusai avec mes amies, Marie, Jacqueline, Monique, Françoise…

Nous dansions comme des folles dans nos jupes plissées qui, à chaque pirouette ou valse un peu rapide, laissaient entrevoir le bas des jarretelles que nous portions pour la première fois. Finalement de jeunes garçons nous invitèrent à danser en couple avec eux, valses, tangos, pasos, javas, défilèrent.

Je me suis retrouvée avec un beau jeune homme, guère plus âgé que moi, au prénom si bizarre que je ne m'en souviens plus et pourtant je devrais...

Il m'a littéralement retourné la tête, c'est avec lui que j'ai le plus dansé, y compris les premiers rocks que nous entendions. Premier slow  : "Only you", celui-là, je m'en souviens, premier baiser profond, je m'en souviens aussi, Le bal s'interrompit pour laisser place au feu d'artifice tiré de la mer. Le bel inconnu prit ma main et m'emmena dans une des cabines de plage à l'abri du regard de tous. Là, les baisers profonds et langoureux continuèrent, du feu d'artifice, nous n'avons pas vu grand-chose, tant nous étions occupés à nous offrir l'un à l'autre.

A la mi-septembre, un matin je me levais avec une envie de vomir comme je n'en avais jamais connue. Seule avec maman, je lui en parle. "C'est un symptôme de femme enceinte me dit-elle" .Je lui racontais alors ma soirée du 14 juillet. Les jours passent, les nausées continuent, mon petit ventre tout comme mes seins commencent à s'arrondir. Ce qui confirma bien la pensée de maman.

En 1961, être enceinte à 16 ans, ça ne se fait pas, surtout sans papa, je n'ai jamais revu le bel inconnu du bal. On fit tout pour que rien ne transparaisse.

1er Avril 1962, On me fit accoucher anonymement dans un hôpital parisien et j'abandonnais (par obligation) ce petit garçon qui portait au milieu des reins un grain de beauté hérité du papa. J'ai tout fait pour le retrouver et le revoir, mais en vain.

 

En 1967, j'ai 22 ans, j'ai quitté la Normandie, je vis aux États-Unis, à Los Angeles dans une communauté hippie qui venait de se créer. C'est là que je t'ai conçue, Sidonie, ton père ne t'as pas reconnue, c'est pour cela que tu portes mon nom, il avait lui aussi un grain de beauté dont tu as hérité sur la fesse gauche.

 

En 1969, je participe à la grande fête de l'ile de Wight, c'est là dans la folie musicale que je te fabrique Aglaé. Tout comme Sidonie, ton père ne te reconnaît pas, de ce fait toi aussi tu portes mon nom et toi aussi, tu as hérité de ton père un grain de beauté sur ta fesse droite.

En 1974, je suis revenue en France, j'ai fait connaissance d'un homme délicieux sur le plateau Larzac où je me suis rendue pour soutenir les agriculteurs qui défendaient leurs terrains contre l'extension d'un camp militaire. Là encore, dans la folie d'une chaude nuit d'été, je me fais de nouveau féconder. C'est toi Roberte qui a été fabriquée cette nuit-là et cette fois, c’est moi qui refuse que ton géniteur te reconnaisse et toi aussi comme tes sœurs et ce petit garçon, tu portes en souvenir, tout en haut du sillon inter fessier, un grain de beauté comme ton père le portait au même endroit.

Après la naissance de Roberte, j'ai décidé de vous élever toutes les trois et de ne me consacrer qu'à vous.

 

Je ne vous ai jamais raconté les circonstances  de vos conceptions, mais je veux que vous le sachiez et surtout que vous avez,  quelque part dans le monde, un frère que je neconnais pas."

Un long silence règne dans la pièce après cette lecture.

Les sœurs hébétées se dévisagent, Aglaé est la plus sidérée des trois.


Elle, elle scrute le visage d'Armand. Il est livide. Il sait qu'il est né à Paris le 1er Avril 1962, qu'il porte au milieu des reins un grain de beauté. Elle, elle a compris qu'ils ne se marieront jamais.

 

Les écrivains de l’atelier - Journal n°44



Tout au long de l’année, vous pourrez découvrir, à l'intérieur du musée Émile Jean, des collections et des expositions sur le thème Archéologie / Histoire (Programme de l'Association Villiéraine Historique et Culturelle Guillaume Budé).


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