Association Villiéraine Historique

et Culturelle Guillaume Budé

Musée : 31, rue Louis Lenoir 94350 Villiers-sur-Marne    I     Horaires : mercredi et samedi après-midi de 14H00 à 17H00

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L’Association Villiéraine Historique et Culturelle Guillaume Budé


a présenté la conférence


«Colette l’ambiguë»

Samedi 3 février 2024 à Villiers-sur-Marne.


La conférence de Danièle Abraham-Thisse se situait (aléas du calendrier) quelques mois après la sortie culturelle à Saint-Sauveur-en-Puysaye, ce coin de campagne bourguignonne, cette maison familiale, ce palais de souvenirs hanté par de gentils fantômes, où grandit Sidonie-Gabrielle Colette, dont j’ignorais presque tout. D’autant plus que, pour être franc, Colette n’était ma tasse de thé et que c’était plus par ignorance que le résultat d’un parti–pris. La visite de la maison de Saint-Sauveur fut plus qu’agréable, me fit découvrir surtout sa mère, « Sido », féministe laïque et athée convaincue, qui fut si importante pour elle. Pas de Colette sans Sido. L’autre personne importante à ses débuts fut le dénommé « Willy » qu’elle épouse à 20 ans.

La conférence va me permettre de cerner ce personnage et son importance dans les débuts de la vie publique de Colette. Connu dans le monde des arts, il a une réputation douteuse et ayant repéré les capacités de Colette, la convainc d’écrire ses premiers romans, la série des « Claudine ». Elle comprendra des tas de choses dans l’expérience vécue avec cet homme, depuis l’initiation jusqu’aux pratiques de la sexualité, aux turpitudes de la vie mondaine, qu’elle observe avec l’intérêt de l‘écrivaine. Grâce à lui, elle édite ses premiers livres, signés... Willy qui s’en approprie au début les droits d’auteur. On pense tout de suite à une scandaleuse usurpation de talent, mais sans lui, aurait-elle suivi ce chemin ? Aurait-elle rencontré tous ces gens du monde, goûté aux « paradis artificiels » et surtout compris que, si elle peut vivre de sa plume, elle doit inverser le rapport homme/ femme qu’elle connaît.

Elle divorce donc de Willy et c’est comme si c’était le signal du départ d’une seconde vie, une métamorphose, lente, mais décisive. Elle est certes écrivaine, mais devient journaliste, s’initie à la pantomime, à la danse et au théâtre, vivant mille aventures que Danièle décrit en termes choisis dans le souci de l’exacte nuance. Colette aura à coeur, sa vie durant, de chercher à s’émanciper d’un modèle bourgeois trop étriqué pour ses aspirations. Nous sommes dans un début de siècle où les progrès dans différents domaines sont fulgurants et dans la fièvre de ces découvertes, l’expression artistique des femmes explose, à l’exemple de celle de Colette. Elle continue à écrire des romans, elle en écrira une quarantaine, elle a une écriture simple, Cocteau dira d’elle qu’elle « parlait comme personne avec les mots de tout le monde ». Elle s’exhibe à peine vêtue sur les scènes parisiennes, est coiffée « à la garçonne » et affiche son lesbianisme avec « Missie » (la marquise de Belbeuf), consomme un mariage avec Bertrand de Jouvenel, a une liaison avec son beau-fils (de 30 ans son cadet), enfin un dernier mariage avec Maurice Goudeket, voilà un aperçu de la vie sulfureuse de Colette, qui se verra refuser un enterrement religieux (1954), mais bénéficiera d’obsèques nationales, deuxième femme après Sarah Bernard en 1923.


Mais, ce qui m’a intéressé dans la conférence, c’est le regard que l’on peut porter sur cette écrivaine, bonne observatrice des moeurs de son temps qu’elle transcrira simplement, fine psychologue à la vie tourmentée, tempétueuse, transgressive. Fut-elle féministe ? Elle ne le revendiquait pas et s’affranchissait des conventions, non des hommes dont elle restera dépendante. Elle fut l’amie de tant de gens, de Proust, de Cocteau, vit certains romans un peu expurgés adaptés au grand écran, se mêla et imposa des actrices pour interpréter ses personnages.

La conférence m’a permis d’aller au-delà des romans et fait découvrir une femme déterminée à s’essayer à tout, de transgresser des limites (à l’instar de Rosa Bonheur), de vivre pleinement ses envies, mais avec le soutien des hommes, très égocentriquement, se souciant peu du sort des autres. Mais, cela lui a-t-il apporté le bonheur ? Elle a traversé le temps, vécu des périodes sombres, comme l’Occupation, où elle évitera les compromissions malgré ses imprudences et se montrera très habile dans ses relations pour faire libérer son mari Maurice, promis à la déportation.

En conclusion, je retiens également celle de Danièle, qui porte un jugement interrogatif sur Colette, admirant d’un côté son opiniâtreté, sa soif de liberté, son envie de vivre pleinement et de l’autre son narcissisme, son côté égoïste et ses ambiguïtés. Le mieux étant de lire ou relire ses romans. Elle aura marqué son temps, vivant à 100 à l’heure et c’est sans doute ce fait, doublé d’une présentation fluide et de la projection de photos illustratives organisée par Annie Mazet, qui en fit une conférence agréable où l’on ne sentit pas notre temps passer.


Joël Jamet


Tout au long de l’année, vous pourrez découvrir, à l'intérieur du musée Émile Jean, des collections et des expositions sur le thème Archéologie / Histoire (Programme de l'Association Villiéraine Historique et Culturelle Guillaume Budé).