Association Villiéraine Historique

et Culturelle Guillaume Budé

Musée : 31, rue Louis Lenoir 94350 Villiers-sur-Marne    I     Horaires : mercredi et samedi après-midi de 14H00 à 17H00

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L’Association Villiéraine Historique et Culturelle Guillaume Budé


a présenté la conférence


« Loup, y es-tu ? »


Le loup fascine, fait peur et amuse toujours...


L'occasion de lire "Le loup, une histoire culturelle"de Michel Pastoureau et de réécouter Pierre et le Loup, de Prokofiev.


Conférence animée par Danièle Abraham-Thisse - Samedi 11 octobre 2025.


Tout au long de l’année, vous pourrez découvrir, à l'intérieur du musée Émile Jean, des collections et des expositions sur le thème Archéologie / Histoire

(Programme de l'Association Villiéraine Historique et Culturelle Guillaume Budé).

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Le loup.


Aux premières notes de cette ritournelle « Promenons nous dans les bois. », on sait qu’on est au bon endroit et si la conférencière Danièle Abraham-Thisse se pose d’emblée la question : « quelle drôle d’idée ai-je donc eu là de vous parler du loup ? », on peut légitimement se poser à notre tour la question : « Qu’est-ce qui nous amène, nous, les 63 personnes présentes en ce 11 octobre à venir écouter parler du loup ? » . Sans doute est-ce parce que pour tous, il a occupé et occupe encore une place importante dans notre bestiaire individuel et collectif. Le loup existe depuis environ 200 000 ans et dans la haute Antiquité, les Egyptiens le mentionnaient sous le doux nom de « oupouaout »(onomatopée du cri du loup, qu’il valait mieux aboyer que prononcer…) ; Il est présent dans les mythes et légendes de différentes cultures : les Celtes, les Vikings, les Germains, Odin, le Walhalla, les Grecs et le Lycaon (changé en loup par Zeus, pour lui avoir fait manger la chair d’un de ses fils qu’il avait tué) ou plus près de nous, contée par Virgile, l’histoire de Romus et Romulus, sauvés et allaités par une louve et permettra la création de Rome…Dans Rome on célébrera les lupercales, ces fêtes de la fertilité (carnaval de février) se terminant par des orgies et deviendront un synonyme de prostitution, d’où le terme lupanar.

Le loup laissera des traces dans la toponymie : Louveciennes, St Leu, Chanteloup ou en Allemagne : Wolfsburg ou Wolfenbuttel…et même les noms et prénoms nous le rappellent comme Lou, Jean-Loup ou Louvois, Leleu, Lopes… St Loup (évêque de Troyes)…

Mais, la réputation, l’image du loup, depuis le Moyen-Age jusqu' au 19ème siècle vont connaître des fortunes diverses. Petit à petit on va apprendre à le connaître et le respecter : le loup est intelligent, c’est un animal social, fidèle jusqu’à la mort, il vit en bande, en famille sur un vaste territoire, son langage, ses hurlements ont été décryptés. Cependant il y a des contingences rédhibitoires : il vit sur les mêmes territoires que l’homme, il a un même intérêt pour le bétail et il attaque les humains et notamment les femmes et les enfants, qui gardent les troupeaux. La récurrence des attaques, les blessé-es, défiguré-es vont entraîner des battues, la pose de pièges, du poison, des traques avec des chiens dotés de colliers à points un peu partout en France : dans la forêt de Rambouillet, le Gâtinais, la forêt d’Orléans et le fameux épisode historique de la bête du Gévaudan entre 1764 et 1769 et la satisfaction du roi Louis XIV à qui on présentera le corps de la Bête.

On fera même appel aux soldats (jusqu’à 2000), qui se comporteront comme des soudards en campagne, dans certains lieux. Le loup sera diabolisé, l’Église le présentera comme l’envoyé du diable, le symbole de la sorcellerie et bien des expressions y seront rattachées : la gueule du loup, voir le loup, il y a un loup, à la queue leu leu, être connu comme le loup blanc…Mais, le loup n’a pas encore disparu de nos contrées et signalons que le 7 juin 1802, notre garde-chasse Jean-Claude Berthault, aidé par celui de Champigny, tua le dernier loup de notre commune dans le quartier des Mauguichets à Coeuilly. C’est en 1914, que l’on abattit officiellement le dernier loup de France. On en dénombrait tout de même 18 000 vers 1825…Puis, comme si l’éloignement du danger, la disparition annoncée désinhibait les inspirations et les peurs, on va ressusciter la bête en la ridiculisant au besoin dans des écrits, en faire le symbole de la société féodale (le roman de Renart), le faire vivre dans des contes (La Fontaine ou Perrault) et, plus tard, les frères Grimm offriront une autre perspective en triomphant du loup dans leur conte (on ouvre le ventre du loup et on libère la grand-mère et la petite fille), on sauve des innocents, on donne espoir à la société. Prokofiev proposa un agréable conte musical en 1936 « Pierre et le Loup », Baden Powell de son côté créa en 1908 les «scouts / louveteaux ». Alors, victoire par rapport au loup ? Venu d’Italie ou de Croatie, le loup refit son apparition au milieu du XXème siècle dans les Alpes françaises et la cohabitation se fit plus tendue au fil du temps entre éleveurs et écologistes, aboutissant à la Convention de Berne en 1979 qui assure la protection du loup, étendue à l’ensemble de l’Europe en 1992.


La dangerosité du loup est diversement appréciée en Europe, où il y aurait environ 20 300 loups, dont 1023 en France, dans une soixantaine de départements ! Mais, le 8 mai 2025, une décision européenne, transforme le statut du loup en espèce protégée et autorise les tirs létaux, sans dépasser le seuil des 19 % du total estimé et on pourra même faire des déclarations d’abattage à posteriori (!) et les troupeaux devront être protégés par des enclos. L’affrontement est loin d’être terminé, l’humain et le sauvage se disputant des territoires contraints. Pour les défenseurs du loup, la vigilance est de mise, il a son rôle dans la biodiversité et nous accompagne depuis le début de notre épopée humaine.

Notons que pendant toute cette conférence, l’attention restera soutenue, par une judicieuse alternance de narration, de projections de photos, de gravures, d’éléments audio et même, surprise pour tous (y compris pour la conférencière !) d’une rapide scé-nette où des chaperons rouges traversent l’espace poursuivis par un loup masqué. Petite facétie dans le spectacle d’un monde dans l’incertitude. Pour reprendre un élément de conclusion de cette conférence : « si l’Anglais Thomas Hobbes disait que l’homme est un loup pour l’homme, il ne faudrait pas que l’homme soit un loup pour le loup ».


Joël Jamet - Novembre 2025