Association Villiéraine Historique
et Culturelle Guillaume Budé
Musée : 31, rue Louis Lenoir 94350 Villiers-sur-Marne I Horaires : mercredi et samedi après-midi de 14H00 à 17H00
Mise à jour février 2026 l 06 14 48 09 99 l musee-emile-jean@gmail.com
La grippe espagnole.
La grippe espagnole est le nom donné à une pandémie de grippe qui a ravagé le monde entre 1918 et 1920, au moment où la Première Guerre mondiale touche à sa fin. Apparue au printemps 1918 dans des camps militaires américains, notamment au Kansas, elle se diffuse rapidement en Europe avec lʼarrivée des troupes des États-Unis venues combattre aux côtés des Alliés.
Très contagieux, le virus circule dans les ports, les trains, les tranchées et les grandes villes, profitant des mouvements de soldats, de la promiscuité et des populations affaiblies par uatre années de guerre. Paradoxalement, on la qualifie de « grippe espagnole » non parce quʼelle naît en Espagne, mais parce que la presse espagnole, moins censurée que celle des pays belligérants, est lʼune des premières à parler librement de lʼépidémie.
Sur le plan médical, il sʼagit dʼune combinaison entre un virus humain circulant avant 1918 et des gènes dʼorigine aviaire, ce qui explique sa virulence inhabituelle. Lʼépidémie se déroule en plusieurs vagues : une première vague, au printemps 1918, relativement bénigne, puis une deuxième à lʼautomne, beaucoup plus meurtrière, qui transforme lʼépidémie en véritable pandémie mondiale. Une troisième vague au début de 1919 poursuit ses ravages avant que la maladie ne régresse nettement à lʼété 1919. En deux ans, la grippe espagnole touche une proportion considérable de la population mondiale et cause entre plusieurs dizaines de millions de morts, ce qui en fait une des pandémies les plus meurtrières de lʼhistoire contemporaine.
Lʼun des traits les plus frappants de cette pandémie est quʼelle frappe particulièrement les adultes jeunes, entre 20 et 40 ans, alors que les grippes saisonnières habituelles touchent surtout les très jeunes enfants et les personnes âgées. Les historiens et médecins évoquent, entre autres, une réaction immunitaire excessive chez ces sujets, ainsi que leur forte exposition dans les armées et les usines.
Dans les sociétés déjà meurtries par la guerre, les conséquences sociales sont considérables : services de santé débordés, administration désorganisée, manque de cercueils et de fossoyeurs, scènes de villes et villages où une grande partie de la population est alitée. En France, on estime à plusieurs centaines de milliers le nombre de morts, dans un pays déjà endeuillé par des millions de soldats disparus. Les autorités tentent diverses mesures : isolement des malades, fermetures dʼécoles et de lieux publics, restrictions de rassemblements, port de masques, mais ces politiques restent fragmentaires et souvent tardives. La censure de guerre, la volonté de maintenir le moral des troupes et des civils contribuent à minimiser publiquement la gravité de la situation, ce qui retarde parfois la mise en place de réponses efficaces.
Sur le long terme, la grippe espagnole laisse une empreinte paradoxale : elle a tué davantage que les combats de 1914-1918, mais elle occupe une place moins visible dans la mémoire collective que la guerre elle-même. Ce relatif oubli sʼexplique par la superposition de la pandémie avec les événements militaires, politiques et diplomatiques majeurs de lʼépoque, ainsi que par lʼabsence, à lʼépoque, dʼimages spectaculaires comparables à celles de la guerre.
Aujourdʼhui, les historiens et les spécialistes de santé publique considèrent cette pandémie comme un moment clé pour comprendre les liens entre guerre, mouvements de population, conditions sanitaires et diffusion des maladies infectieuses. Les expériences, les erreurs et les réponses improvisées face à la grippe espagnole servent désormais de référence lorsquʼil sʼagit de penser la préparation et la gestion des grandes crises sanitaires mondiales.
Philippe CAUNOIS