Association Villiéraine Historique
et Culturelle Guillaume Budé
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Guerre israelo-arabe de 1948-49.
La guerre israélo-arabe de 1948-1949 est un moment fondateur de l’histoire du Proche-Orient moderne. Elle naît de la fin du mandat britannique en Palestine, du plan de partage de l’ONU et de la proclamation de l’État d’Israël le 14 mai 1948, puis s’achève par une série d’armistices en 1949.
Pour comprendre cette guerre, il faut revenir à la Palestine mandataire administrée par le Royaume-Uni après la Première Guerre mondiale. Depuis les années 1920-1930, deux nationalismes y coexistent et s’opposent : le mouvement sioniste, qui vise à créer un État juif, et le nationalisme arabe palestinien, qui refuse la perspective d’un État juif sur une terre majoritairement arabe.
Après la Seconde Guerre mondiale, la situation s’aggrave encore. L’ONU adopte en novembre 1947 un plan de partage qui prévoit deux États, l’un juif et l’autre arabe, avec Jérusalem sous statut international, mais les dirigeants arabes rejettent ce projet. Dès lors, des affrontements éclatent entre communautés juive et arabe, tandis que les Britanniques se retirent progressivement et quittent officiellement la région au printemps 1948.
Le 14 mai 1948, les autorités juives proclament l’indépendance de l’État d’Israël. Le lendemain, plusieurs États arabes voisins entrent en guerre contre le nouvel État, considérant cette proclamation comme illégitime. Le conflit local, déjà violent, devient alors une guerre interétatique à grande échelle.
Le conflit de 1948-1949 se déroule en plusieurs phases. Avant même l’intervention des armées arabes, une guerre civile oppose, depuis la fin de 1947, les communautés juive et arabe de Palestine. Cette première phase est marquée par des combats pour le contrôle des routes, des villes mixtes et de Jérusalem, ainsi que par des opérations offensives des forces juives et des milices arabes.
À partir du 15 mai 1948, les armées de plusieurs pays arabes, notamment l’Égypte, la Transjordanie, la Syrie, le Liban et l’Irak, attaquent Israël. L’objectif affiché est d’empêcher la consolidation du nouvel État et de soutenir les Palestiniens arabes. Cependant, la coalition arabe manque d’un commandement unifié et ses armées poursuivent parfois des objectifs divergents.
Israël parvient à transformer rapidement ses forces de défense en une armée mieux organisée, capable de mener des contre-offensives efficaces. Les combats autour de Jérusalem sont particulièrement intenses, tout comme ceux du Néguev, de la Galilée et des axes reliant les principales villes. Des trêves ponctuent la guerre, mais elles permettent aussi à chaque camp de se réorganiser, et Israël améliore progressivement son avantage militaire.
La seconde grande phase de la guerre, à l’automne 1948, voit les forces israéliennes lancer de nouvelles offensives et consolider leur contrôle territorial. À la fin des combats, Israël domine un territoire plus vaste que celui prévu par le plan de partage de l’ONU. Les armistices sont signés en 1949 avec l’Égypte, le Liban, la Jordanie et la Syrie, sans traité de paix définitif.
La guerre bouleverse la carte politique de la région. L’État d’Israël est confirmé par la victoire militaire et reconnu progressivement sur le plan international. En revanche, l’État arabe palestinien prévu par l’ONU ne voit pas le jour, ce qui constitue l’une des principales ruptures du conflit.
La Cisjordanie passe sous contrôle jordanien, tandis que la bande de Gaza est administrée par l’Égypte. Ainsi, le territoire palestinien ne devient pas un État indépendant, mais se retrouve partagé entre plusieurs administrations arabes. Cette absence d’État palestinien alimente durablement la question palestinienne.
Sur le plan stratégique, les lignes d’armistice de 1949, souvent appelées par la suite la « ligne verte », remplacent la guerre ouverte sans régler le fond du problème. Le conflit est suspendu, mais il reste entier, car aucune paix durable n’est conclue entre Israël et ses voisins.
La conséquence humaine la plus dramatique est l’exode massif des Palestiniens. Selon les sources, environ 700 000 Palestiniens fuient ou sont expulsés de leurs foyers pendant la guerre, se réfugiant dans les pays arabes voisins, en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza. Dans la mémoire palestinienne, cet exode est appelé la Nakba, c’est-à-dire « la catastrophe ».
Pour les Israéliens, la guerre est au contraire fondatrice : elle consolide l’existence de l’État, renforce l’idée d’une victoire de survie nationale et nourrit le récit de la guerre d’indépendance. Cette double mémoire opposée, victoire d’un côté, catastrophe de l’autre, marque profondément le conflit israélo-palestinien jusqu’à aujourd’hui.
La guerre de 1948-1949 pose donc les bases de la crise durable du Proche-Orient. Elle combine la naissance d’un État, l’échec de la création d’un État palestinien, un bouleversement démographique majeur et l’installation d’un conflit qui, loin de se refermer, devient l’un des grands enjeux internationaux de la seconde moitié du XXe siècle.
En somme, la guerre israélo-arabe de 1948-1949 est à la fois une guerre d’indépendance pour Israël et le début d’une catastrophe nationale pour les Palestiniens. Elle naît de la fin du mandat britannique, du rejet arabe du plan de partage et de la proclamation d’Israël, puis elle se traduit par une victoire militaire israélienne, un exode massif des Palestiniens et l’absence d’un État arabe palestinien.
Philippe Caunois - Juin 2026 - AVHEC
Pour aller plus loin, vous pouvez lire :
- Histoire des guerres d'Israël de David Elkaim
- 1948, la première guerre israélo-arabe de Walid Khalidi