Association Villiéraine Historique
et Culturelle Guillaume Budé
Musée : 31, rue Louis Lenoir 94350 Villiers-sur-Marne I Horaires : mercredi et samedi après-midi de 14H00 à 17H00
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La bataille du Vercors.
La bataille du Vercors représente un épisode tragique et héroïque de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce massif montagneux, situé entre l’Isère et la Drôme, est devenu un symbole de courage face à l’occupation nazie, mais aussi de la vulnérabilité des maquis isolés.
Dès 1942, le Vercors accueille réfugiés, réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO) et premiers maquisards, souvent des hommes d’une quarantaine d’années originaires de la région, socialistes ou gaullistes. En septembre 1943, les Allemands remplacent les Italiens dans l’occupation, durcissant la répression et éliminant plusieurs chefs de la Résistance locale. Le 3 juillet 1944, peu après le débarquement allié en Normandie, le général de Gaulle valide depuis Londres un plan visant à faire du Vercors une tête de pont pour perturber les troupes allemandes avant le débarquement en Provence ; une « République libre du Vercors » est proclamée, avec un immense drapeau tricolore hissé, visible depuis Grenoble.
En janvier 1944, 400 combattants s’y établissent, rejoints à partir du 9 juin par plus de 3.400 volontaires, souvent jeunes et sans expérience militaire. Des parachutages alliés apportent armes et munitions, mais insuffisants en pièces lourdes comme l’artillerie ou les mitrailleuses antiaériennes. Le massif, isolé et encerclé par des axes stratégiques (cols de Grimone, Cabre, Saint-Nizier), devient une forteresse naturelle, mais vulnérable aux assauts massifs.
L’offensive allemande, opération « Bettina », débute mi-juillet 1944 avec 10.000 soldats de la 157e division de réserve, commandée par le général Pflaum, appuyée par parachutistes et soldats de l’Est. Le 14 juillet, un bombardement aérien détruit entièrement Vassieux-en-Vercors, village emblématique. Le massif est encerclé par quatre axes : au nord depuis Grenoble (prise de Villard-de-Lans), à l’est via Saint-Nizier-du-Moucherotte, au sud dans la vallée de la Drôme (Die et Saint-Nazaire-en-Royans).
Le 21 juillet, une attaque aéroportée surprend les maquisards : une vingtaine de planeurs atterrissent sur le terrain d’atterrissage de Vassieux, préparée pour les Alliés, déversant 200 parachutistes qui occupent le village et les hameaux. L’infanterie allemande envahit les crêtes est et Saint-Nizier ; malgré une résistance acharnée à Valchevrière (tenue deux jours), les positions tombent. Le commandant Huet ordonne la dispersion le 23 juillet à seize heures, faute d’armes lourdes. Des crimes de guerre marquent l’assaut : massacres de civils à Vassieux, exécutions d’otages à La Chapelle-en-Vercors, et tuerie de blessés dans la grotte de la Luire.
Les combats, d’une violence extrême, voient les maquisards opposer guérilla et sabotage, mais submergés par la supériorité numérique et aérienne allemande. Les Allemands quittent le massif mi-août, après la libération de Grenoble.
Le bilan est lourd : environ 800 morts (639 résistants, 201 civils), plus de 500 maisons détruites, 41 déportés, et un massif ravagé. Cette opération reste la plus massive menée par la Wehrmacht contre un maquis en Europe de l’Ouest. Malgré la défaite, les actions de guérilla reprennent dès le départ des troupes, contribuant à harceler l’occupant jusqu’à la Libération.
Dans l’histoire de la Résistance française, le Vercors symbolise le martyre des maquis : courage héroïque face à une répression implacable, mais aussi critiques sur l’absence de soutien allié (peu de parachutages promis) et des choix stratégiques de De Gaulle, accusés par certains d’avoir sacrifié le maquis pour des « raisons d’État ». Figures comme Jean Prévost ou le capitaine Huet incarnent cet engagement. Le Vercors devient un haut lieu mémoriel, avec mémoriaux à Vassieux, honorant la souveraineté retrouvée et l’esprit de résistance.
Aujourd’hui, il illustre les limites des maquis isolés sans appui extérieur, renforçant l’idée que la Résistance, dispersée, a pavé la voie à la Libération nationale en 1944.
Philippe Caunois - Mai 2026 - AVHEC
Pour aller plus loin, vous pouvez lire :
- Le Vercors : Histoire et mémoire d'un maquis de Gilles Vergnon
- La bataille du Vercors de Pierre Vial