Association Villiéraine Historique

et Culturelle Guillaume Budé

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Envie de Lire : Aharon Appelfeld : La chambre de Marianna

(Points, 2009, 309 pages)


Yulia a tout essayé, toutes ses tentatives ont échoué. Elle ne peut plus attendre, elle n’a plus d’autre choix. Les rafles et les déportations s’accélèrent. Elle doit fuir tout de suite et avant cela déposer Hugo son fils de 11 ans chez Mariana qui a accepté de le cacher dans un réduit de sa chambre. C’est ainsi que le jeune garçon se retrouve prisonnier d’une maison close où Marianna reçoit ses clients allemands. L’histoire aurait pu être scabreuse. Et il y aura sans doute des esprits bien-pensants pour y voir un hymne à la pédophilie. Qu’ils se rassurent, la fin dramatique de l’histoire rétablira une certaine morale sociale. Mais sous la plume d’Appelfeld, aux mots simples, brefs, l’histoire devient un conte magique, une histoire d’amour vrai, de rédemption par la générosité.


Peu d’écrivains hommes savent aussi bien tracer le portrait d’une femme, torturée dans tous les sens du terme, à la personnalité complexe, à la vie minée dès son jeune âge. Sans doute y a-t-il beaucoup des souvenirs d’enfance de l’auteur dans cette femme, mère de substitution, détruite par l’alcool (voir la mère d’Erwin dans La ligne, du même auteur) et de ce jeune garçon que la réclusion forcée, balade entre les souvenirs plus ou moins fantasmés du passé et d’un présent. Ce présent, qui est à la fois angoissant et illuminé par l’amour étrange et sans avenir de la prostituée qui s’est donnée pour mission de le sauver, tout en l’éveillant à la sexualité, non par métier, mais par tendresse.

Roman d’initiation donc, perdu entre l’imaginaire et le réalisme. Parcours d’un enfant devenu homme par la grâce d’une femme. Appelfeld n’oublie pas l’arrière-plan historique effroyable, même si son allusion à la Shoah par balle est impressionniste, quand le film de Finkiel se fait plus cru. On perçoit cependant que ce n’est pas l’essentiel de son livre auquel il sert de prétexte. La grandeur du livre est bien dans les liens humains qui se tissent entre les femmes du bordel et le jeune homme, entre les fuyards et quelques paysans perdus. Un livre d’amour donc, mais aussi de haine aveugle : l’antisémitisme est bien présent, qui ronge la société.


Livre de la survie autant que livre de la foi : Dieu se fait pressant, peut-être trop dans la dernière partie du livre, plus lourde avant l’acmé final, par les répétitions accumulées. Livre de la violence et de la cruauté : l’auteur ne tranche pas vraiment entre l’allemand, l’ukrainien (tout de même complice de la Shoah) et le russe, encore et toujours vu au travers du prisme des exactions plutôt que celui de la libération. Et pour finir, l’ironie macabre du sort : la mort ne vient pas de là où on l’attendait. Un livre d’humanité, une leçon de vie, un livre où l’espérance du lendemain fleurit sur le désespoir, le sacrifice, l’absence omniprésente, magistral par l’écriture d’Appelfeld. Puissant.  


Danièle Abraham-Thisse - Mai 2025



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