Association Villiéraine Historique
et Culturelle Guillaume Budé
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La collaboration en France.
La collaboration en France désigne la politique menée par le régime de Vichy à partir de 1940 avec l’Allemagne nazie, après la défaite française et l’armistice du 22 juin 1940. Elle ne fut pas seulement une suite d’obéissances imposées par l’occupant : elle fut aussi, en grande partie, un choix politique du gouvernement de Vichy, dirigé par le maréchal Pétain puis par Pierre Laval. Cette politique a profondément marqué l’histoire française, car elle a touché à la souveraineté nationale, à l’économie, à la répression policière et à la persécution des Juifs. Elle a également laissé une trace durable dans la mémoire collective, en raison de la gravité des faits commis et du débat qu’ils ont suscité après la guerre.
La collaboration s’installe dans le contexte dramatique de la défaite militaire française de 1940. Après la percée allemande de mai-juin, l’armée française est vaincue, Paris est occupé, et le gouvernement demande l’armistice. La France est alors divisée en plusieurs zones, dont une zone occupée au nord et une zone dite libre au sud, administrée depuis Vichy par le nouveau régime du maréchal Pétain. Celui-ci justifie sa politique par la volonté de limiter les dégâts de la défaite et de préserver, autant que possible, l’existence d’un État français.
Le mot même de collaboration est employé publiquement par Pétain après sa rencontre avec Hitler à Montoire, le 24 octobre 1940. Cette entrevue symbolise un engagement politique clair : Vichy accepte de coopérer avec l’Allemagne dans l’espoir d’obtenir un certain allègement des contraintes de l’occupation. En réalité, l’Allemagne nazie impose sa domination, et la France de Vichy s’engage dans une voie qui dépasse rapidement la simple soumission. La collaboration devient une politique d’État, encouragée par les autorités françaises elles-mêmes.
La collaboration prend plusieurs formes. D’abord, elle est économique. L’Allemagne exploite les ressources françaises, les entreprises, la production industrielle et agricole, ainsi qu’une partie de la main-d’œuvre. L’État français participe à cet effort en organisant l’économie selon les besoins de l’occupant. Plus tard, le Service du travail obligatoire, le STO, envoie de nombreux travailleurs français en Allemagne pour remplacer les hommes mobilisés dans l’industrie de guerre.
La collaboration est aussi politique et policière. Le régime de Vichy mène une politique autoritaire, hostile à la République, à la démocratie et au parlementarisme. Il s’appuie sur la police et l’administration françaises pour traquer les résistants, surveiller la population et maintenir l’ordre voulu par l’occupant. Cette coopération est essentielle pour les nazis, car elle permet de gouverner le territoire avec l’aide d’institutions locales.
L’aspect le plus grave est sans aucun doute la collaboration raciale et antisémite. Vichy met en place une politique discriminatoire contre les Juifs dès 1940, indépendamment même des exigences allemandes dans certains cas. Des lois d’exclusion sont votées, les Juifs sont recensés, écartés de nombreuses professions, spoliés de leurs biens, puis arrêtés et déportés. La police française participe à plusieurs rafles, dont celle du Vél d’Hiv en juillet 1942. La collaboration française s’inscrit ainsi dans la politique génocidaire nazie, ce qui lui donne une dimension particulièrement tragique.
Il existe enfin une collaboration militaire et idéologique. Des Français s’engagent dans des formations combattantes aux côtés de l’Allemagne, comme la Légion des volontaires français contre le bolchevisme, puis dans la Waffen-SS pour certains. Sur le plan idéologique, la propagande de Vichy valorise l’ordre, l’autorité, l’anti-républicanisme, l’anti-communisme et parfois l’antisémitisme. Cette propagande cherche à présenter la collaboration comme une nécessité réaliste, voire comme une voie de salut pour la France, alors qu’elle correspond en fait à une soumission à l’occupant.
Les motivations de la collaboration sont diverses. Certains responsables, comme Pétain ou Laval, pensent qu’il faut composer avec l’Allemagne pour limiter les souffrances du pays. D’autres espèrent conserver des marges de pouvoir ou obtenir des avantages personnels et politiques. Il existe aussi des collaborateurs par conviction idéologique : anticommunistes, fascistes ou antisémites, ils voient dans l’Allemagne nazie un modèle ou un allié. Enfin, une partie de la société collabore par opportunisme, par peur ou par intérêt matériel.
Il faut donc distinguer plusieurs niveaux de collaboration. Il y a la collaboration d’État, conduite par le gouvernement de Vichy, mais aussi des formes de collaboration économique, administrative, intellectuelle et policière. Cette diversité explique que le phénomène soit complexe : tous les collaborateurs n’ont pas agi pour les mêmes raisons, et tous n’ont pas eu le même degré de responsabilité. Cependant, dans son ensemble, la collaboration a servi les intérêts de l’occupant allemand et a renforcé la domination nazie sur la France.
Les conséquences de la collaboration sont lourdes. Sur le plan humain, elle a contribué à la déportation de dizaines de milliers de Juifs et à la persécution des résistants. Elle a donc participé directement à la tragédie de la Shoah en France. Elle a aussi entraîné des arrestations, des exécutions, des emprisonnements et des violences contre tous ceux qui s’opposaient à l’occupant ou au régime de Vichy.
Sur le plan politique, la collaboration a compromis durablement l’image de l’État français de l’époque. Après la Libération, le régime de Vichy est considéré comme illégitime, et ses principaux dirigeants sont jugés ou discrédités. Une partie de la population éprouve un besoin de refonder la légitimité nationale autour de la Résistance et de la France libre. Il s’ensuit une période d’épuration, parfois judiciaire, parfois extra-judiciaire, au cours de laquelle des collaborateurs sont arrêtés, jugés, sanctionnés ou exécutés. Cette période est marquée par des règlements de comptes, mais aussi par la volonté de rétablir une justice après quatre années d’occupation.
Sur le plan moral et mémoriel, la collaboration a longtemps provoqué un profond malaise. Pendant plusieurs décennies, la France a eu du mal à regarder en face la responsabilité de l’État de Vichy dans la persécution des Juifs et dans l’aide apportée à l’occupant. Ce n’est que progressivement que l’historiographie et la mémoire publique ont reconnu l’ampleur de cette responsabilité. Aujourd’hui, la collaboration est perçue comme un des épisodes les plus sombres de l’histoire française du XXe siècle.
La collaboration ne se limite pas à la France. Dans plusieurs pays européens occupés, des gouvernements, des partis ou des groupes ont aussi coopéré avec l’Allemagne nazie, pour des raisons idéologiques, stratégiques ou opportunistes. En Norvège, par exemple, le régime de Vidkun Quisling est devenu le symbole même du collaborateur. Aux Pays-Bas, en Belgique ou dans certaines régions de l’Est européen, les autorités allemandes ont également trouvé des relais locaux.
Dans les pays occupés d’Europe centrale et orientale, la situation est souvent encore plus violente, car la guerre s’y double de conflits nationaux, ethniques et idéologiques. En Croatie, en Serbie ou dans les territoires de l’Union soviétique envahie, des régimes collaborateurs ou des groupes auxiliaires participent à la répression, aux persécutions et parfois aux massacres. Dans d’autres pays, comme la Hongrie, la Roumanie ou la Bulgarie, la collaboration prend des formes différentes, parfois sous pression allemande, parfois à travers une alliance avec le Reich avant ou pendant l’occupation. Ainsi, la collaboration est un phénomène européen, mais ses formes varient selon les contextes politiques, militaires et nationaux.
La collaboration en France fut donc un phénomène complexe, né de la défaite de 1940 mais transformé en politique d’État par le régime de Vichy. Elle s’est déroulée dans les domaines politique, économique, policier, idéologique et racial, avec des conséquences dramatiques pour la population française, en particulier pour les Juifs et les résistants. Elle a aussi laissé une blessure durable dans la mémoire nationale. Comparée à d’autres pays européens occupés, la collaboration française s’inscrit dans une histoire plus large de domination nazie sur le continent, mais elle se distingue par le rôle central joué par l’État français lui-même.
Philippe Caunois - Avril 2026 - AVHEC
Pour aller plus loin, vous pouvez lire :
Vichy-Paris Les Collaborations de Jean-Pierre Azéma
La collaboration – Vichy, Paris, Berlin – 1940-1945 de Thomas Fontaine et Denis Peschanski
Le livre noir de la collaboration de Philippe Valode