Association Villiéraine Historique
et Culturelle Guillaume Budé

La « Nuit des Longs Couteaux », survenue entre le 29 juin et le 2 juillet 1934, et plus spécifiquement pendant la première nuit, marque un tournant décisif dans la consolidation du pouvoir nazi en Allemagne. Cet épisode, dissimulé sous une apparence de rétablissement de l’ordre, fut en réalité une purge politique sanglante. Adolf Hitler, alors chancelier depuis 1933, s’en servit pour éliminer ses rivaux internes, en particulier les dirigeants de la SA (Sturmabteilung), mais aussi pour rassurer l’armée et les élites conservatrices dont il dépendait encore. Cet événement illustre le passage d’un régime autoritaire en gestation à une dictature totalitaire pleinement assumée.
Après sa nomination au poste de chancelier le 30 janvier 1933, Hitler devait composer avec plusieurs pôles de pouvoir. D’un côté, il y avait la SA, dirigée par Ernst Röhm, vieille garde révolutionnaire du nazisme qui s’était illustrée par la violence de ses méthodes pendant la conquête du pouvoir. De l’autre, se trouvaient la Reichswehr (armée régulière) et les élites économiques, farouchement hostiles à une « seconde révolution » sociale telle que Röhm et ses partisans la réclamaient.
La SA, forte d’environ trois millions d’hommes, représentait une force paramilitaire redoutable. Röhm, son chef, ambitionnait de la transformer en une armée populaire remplaçant la Reichswehr, restreinte à cent mille soldats selon le traité de Versailles. Cette perspective alarmait profondément les officiers de carrière et les industriels allemands, qui redoutaient une instabilité politique permanente. Dans ce contexte, Hitler dut choisir entre ses compagnons révolutionnaires et la fidélité de l’armée, indispensable pour ses projets d’expansion et de réarmement.
Au printemps 1934, les tensions atteignirent leur paroxysme. Les rumeurs d’un complot fomenté par Röhm pour renverser Hitler se multiplièrent, parfois instrumentalisées par des proches du Führer, notamment Heinrich Himmler et Hermann Göring, désireux d’affaiblir la SA au profit de leurs propres organisations : la SS (Schutzstaffel) et la Gestapo. Sous prétexte d’un week-
Hitler prit la décision définitive d’agir après avoir obtenu le soutien tacite du président Paul von Hindenburg et celui de la Reichswehr. Pour les milieux conservateurs, la promesse d’une purge contre la SA symbolisait la restauration de la discipline et de la stabilité, gages indispensables pour la poursuite de la politique de réarmement.
Dans la nuit du 29 au 30 juin 1934, Hitler, accompagné de ses hommes de confiance, fit irruption à l’hôtel de Bad Wiessee où séjournaient Röhm et plusieurs dirigeants de la SA. Ces derniers furent immédiatement arrêtés, puis exécutés sur ordre direct. Röhm, quant à lui, fut emprisonné à Munich et sommé de se suicider ; devant son refus, il fut abattu dans sa cellule.
La purge dépassa rapidement le cadre de la SA. Des rivaux politiques, des opposants potentiels et même certains ennemis personnels du Führer furent éliminés : l’ancien chancelier Kurt von Schleicher, le critique du régime Gregor Strasser, et bien d’autres. Les assassinats, orchestrés par la SS et la Gestapo, se multiplièrent dans tout le pays. Le nombre total de victimes reste incertain : environ 85 exécutés officiellement, mais probablement plusieurs centaines dans les faits.
Hitler justifia la répression devant le Reichstag le 13 juillet 1934, déclarant avoir agi « au nom du peuple allemand » pour contrer une menace de complot. Par cette mise en scène, il transforma un massacre politique en acte de salut national. La majorité des Allemands, soucieux d’ordre et de stabilité, acceptèrent la version officielle. Les élites militaires et économiques, rassurées par la disparition de la SA, apportèrent leur soutien entier au régime.
La Reichswehr prêta serment personnel de fidélité à Hitler dès août 1934, après la mort du président Hindenburg. Désormais, le Führer possédait à la fois les leviers du pouvoir politique, policier et militaire. La SS prit rapidement le pas sur la SA, devenant l’instrument privilégié de la terreur d’État et de la répression idéologique.
La Nuit des Longs Couteaux représente bien plus qu’une simple épuration interne : elle scelle la transformation définitive du nazisme en dictature totalitaire. L’État de droit fut aboli, la violence devint un instrument politique légitimé, et la peur s’installa comme moyen de gouvernement. L’épisode confirme aussi la capacité d’Hitler à manipuler les rivalités internes et à jouer sur les contradictions des forces sociales pour asseoir son autorité absolue.
Sur le plan moral, cette nuit illustre la dérive d’un mouvement politique se réclamant d’un idéal de renouveau national vers le meurtre institutionnalisé. Les méthodes employées — arrestations arbitraires, exécutions sommaires, propagande mensongère — annoncent déjà les pratiques qui marqueront les années suivantes : la terreur policière, la déshumanisation de l’ennemi et la centralisation de la violence dans les mains du Führer.
La Nuit des Longs Couteaux fut un moment fondateur du Troisième Reich : elle démontra la toute-
L’histoire retiendra cette nuit comme l’une des premières manifestations du régime de terreur qui allait plonger l’Europe dans la guerre et la barbarie quelques années plus tard.

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