Association Villiéraine Historique
et Culturelle Guillaume Budé
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Envie de Lire : Anna Stuart, La sage-femme d'Auschwitz
(J’ai lu, 474 pages)
Oui, on naissait aussi dans ces usines de la mort qu’étaient les camps de concentration et notamment à Auschwitz où plus de 3000 enfants seraient venus au monde l’espace de peu de temps. Tués immédiatement par les kapos (noyés dans un seau d’eau comme le rapporte l’autrice) ou laissés sans soin quelques jours à des mères épuisées, impuissantes à les nourrir et qui les voyaient s’éteindre dans leurs bras.
Anna Stuart s’appuie sur ce fait réel et la vie d’une sage-femme polonaise : Stanislawa, ayant survécu et ayant exercé dans le camp pour en faire la trame de son roman. De cette héroïne, encore célèbre en Pologne, elle crée deux femmes, Ana Kaminski et Ester Pasternak, toutes deux sage-femmes, la première, résistante catholique polonaise, l’autre, juive, raflée dans le ghetto de Lodz et qui se retrouvent à devoir accompagner les parturientes du camp d’Auschwitz. L’auteur mélange avec talent personnages de fiction (Klara, Naomie, Philip Pasternak..) et personnages réels, dont elle évoque les comportements restés dans l’histoire (la kapo Irma Grese, le Dr Mengele, Chaim Rumkovsky, président du conseil juif du ghetto de Lodz, collaborateur avec les nazis), auxquels s’ajoutent les tra-giques évènements, tels que la déportation des enfants du ghetto, les exécutions, les scènes intimes, le véridique et le romanesque.
Au-delà de l’aspect romance du livre, c’est bien la partie quasi documentaire qui en fait son intérêt, abordant un sujet rarement évoqué par l’historiographie : le destin de ces femmes et de leurs enfants, dont cinq seulement auraient survécu dans les camps. C’est sans compter les enfants arrachés à leur mère dès la naissance, et confiés aux administrateurs du plan Lebensborn, s’ils avaient la chance, ou le malheur d’avoir une apparence aryenne. Ils étaient alors remis à des fa-milles allemandes sans enfant pour les germaniser et reconstituer la réserve d’hommes soldats du IIIe Reich. Les sage-femmes ont alors l’idée de tatouer les nouveaux-nés du numéro de leur mère pour qu’après la guerre l’un et l’autre puissent se retrouver.
Aucune statistique ne permet aujourd’hui d’en mesurer les effets. Si quelques clichés sentimentaux et la naïveté du style aident le lecteur à garder ses distances à l’égard de la tragédie, l’autrice reste assez habile pour faire de son livre un turn over et un succès de librairie, dont la suite vient de paraître : « la sage femme de Berlin », tous deux ayant au moins le mérite de nous rappeler la dimension eugénique de l’horreur nazie .
Danièle Abraham-Thisse - Juin 2025
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