Association Villiéraine Historique

et Culturelle Guillaume Budé

Musée : 31, rue Louis Lenoir 94350 Villiers-sur-Marne    I     Horaires : mercredi et samedi après-midi de 14H00 à 17H00

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« L’origine des expressions que nous employons toujours »


« Se tenir à carreau » :

C'est une expression très imagée pour inciter à ne pas se manifester, être sage, se tenir correctement, ne pas faire de vague... La liste n'est pas exhaustive  !


Plusieurs hypothèses expliquent l'origine de cette expression.


Ce serait une expression qui remonterait au Moyen Âge. À cette époque, les soldats utilisaient des arbalètes et des carreaux (Petites flèches courtes), armes redoutables et précises.

Un soldat devait «  se tenir à carreau  », ce qui signifiait se mettre hors d'atteinte d'un tir de carreau ennemi en se cachant derrière une muraille.

L'arbalète a été remplacée par d'autres armes, mais l'expression a perduré.


Selon Alain Leroux, professeur d'histoire, l'expression remonterait au XVIIIᵉ siècle lors de la Terreur. Sous la Révolution française, pendant les séances du Tribunal révolutionnaire, le public se trouvait dans une partie dont le sol était composé de carreaux et n'avait pas le droit d'intervenir dans les débats. D'où l'expression «  se tenir à carreau.

D’autres interprétations existent cependant sur l’origine de cette phrase qui n’existe sous sa forme actuelle que depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Parmi elles, celle d’un jeu de cartes d’où est tiré le dicton «Qui se tient à carreau n’est jamais capot». Cela veut dire que si le carreau est choisi à l'atout, il faut continuer à jouer à carreau pour ne pas être capot et ne pas perdre.


Une dernière hypothèse trouve sa source dans l'argot policier du XIXe siècle. Le carreau désignait le domicile , une chambre et par extension le carré, le carreau.

Donc par«  Se tenir à carreau  », voulait dire qu'un criminel restait caché chez lui pour se mettre à l'abri de la police.


« La trêve des confiseurs » :

La France va bientôt entrer dans la période de la "trêve des confiseurs". Mais d'où vient cette expression ?

Les parlementaires ne siègent pas en fin d’année et il ne devrait pas y avoir de Conseil des ministres entre le 25 décembre et le 1er janvier. C'est ce qu'on appelle "la trêve des confiseurs".

Cette expression a une origine politique qui remonte à plus de 120 ans. En effet, le 24 décembre 1874, les républicains, en position de force, exigent le débat sur la future constitution de la IIIe République, mais les monarchistes et les bonapartistes cherchent à le retarder le plus possible.

Le monarchiste Albert de Broglie dira : "On convint de ne pas troubler par nos débats la reprise d'affaires commerciales qui, à Paris et dans les grandes villes, précèdent toujours le jour de l'an." La presse satirique fera ses choux gras de cette pause et parlera de « trêve des confiseurs », période où on laisse les fêtes prendre le pas sur la vie politique.

Finalement, la date du 5 janvier sera retenue.

Quelques jours plus tard, à la fin du mois de janvier 1875, l'amendement Wallon, fondateur de la République, est adopté. Il s'agit d'une proposition qui insère l’article suivant : "le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans. Il est rééligible."

Le mot "République" entre dans la Constitution.

Depuis cette date, tous les ans, les députés et sénateurs ne siègent pas pendant cette période.

La République s'est installée, l'expression est restée.


«Vouer aux Gémonies» :

Cette expression employée pour traduire l’humiliation publique et, plus généralement, le fait de traîner dans la boue un individu, sert à condamner quelqu’un, remonte à l’époque romaine.

Elle fait allusion à l’escalier des gémissements (Les Gémonies), une ancienne rampe, près du Capitole, qu’empruntaient les condamnés à mort, pour être suppliciés et exposés publiquement avant d’être précipités dans le Tibre (Gémonies pour gémissements car certains laissés pour morts ne l’étaient pas).

Cette « charmante coutume » aurait commencé en 385 avant J.C. sous Marcus Furius Camillus, général et homme d'État romain.

Basée sur l’histoire ancienne, l’expression resurgit au XIXeme siècle avec Lamartine, qui en a utilisé le sens métaphorique.

C'est de cette exposition publique de gens qu'est née cette expression, depuis passée dans le langage figuré pour désigner l’acte d’humilier publiquement quelqu’un.


«ça ne mange pas de pain» :

Cette expression, employée quand une action ou une prise de décision ne demande aucun effort ou ne présente pas de risque, remonterait au Moyen Âge, lorsque le pain était l’aliment de base.

Du coup, toute consommation abusive de pain grevait le budget, et si quelque chose n'avait aucun impact sur l’achat de cet aliment, alors prendre une décision qui « ne mangeait pas de pain » voulait dire que cela ne coûtait pas grand chose à la famille. Cela n’avait pas d’impact sur le budget consacré à l’achat de cet aliment de première nécessité.


«Mettre le holà !» :

Il est parfois nécessaire de le mettre pour faire cesser une dispute ou mettre fin à quelque chose.


Cette expression ne semble pas avoir de rapport avec le « holà » espagnol qui signifie « salut ».


En fait, cette expression serait une contraction de «Ho ! Qui va là ?», interjection remontant à la fin du XIVe siècle, pour interpeller quelqu’un, attirer son attention.


«Être mal barré» :

Si vous êtes dans une situation embarrassante, si vous allez au-devant de graves ennuis, on peut dire que vous «êtes mal barrés» !


L’origine de cette expression semble remonter au 19ème siècle et nous vient de la marine, plus précisément de la barre des navires, utilisée pour diriger ces derniers.


Donc, barrer un navire signifie le diriger en tenant la barre et de ce fait, si vous tenez mal votre barre, vous barrez mal et donc, vous êtes mal barrés pour arriver sain et sauf à destination !


« Avoir voix au chapitre » :

De nos jours, si l’on dit d’une personne qu’elle n’a plus voix au chapitre, on comprend qu’elle ne participe plus à la prise de décision, qu’elle n’a plus autorité pour se mêler d’une affaire.

Contrairement à ce que l’on peut penser, cela n’a strictement rien à voir avec le chapitre d’un livre.

Le chapitre en question remonte au Moyen-Âge où il désignait l’assemblée des moines et chanoines, qui traitait des affaires de leur communauté. C’était aussi le lieu où se tenait cette assemblée (Stalles, sièges à dossier élevé, en bois sculpté que l’on voit dans les églises dans le choeur derrière l’autel, notamment dans les cathédrales).

Celui qui avait « voix au chapitre » participait aux discussions et à la prise de décision.


Cette expression a gardé son sens d'origine, malgré l'ancienneté des chapitres.

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