Association Villiéraine Historique

et Culturelle Guillaume Budé

Musée : 31, rue Louis Lenoir 94350 Villiers-sur-Marne    I     Horaires : mercredi et samedi après-midi de 14H00 à 17H00

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Lucie Aubrac.


Lucie Aubrac est l’une des figures les plus marquantes de la Résistance intérieure française pendant la Seconde Guerre mondiale. Née Lucie Bernard le 29 juin 1912 à Paris et décédée le 14 mars 2007 à Issy-les-Moulineaux, elle incarne à la fois l’engagement politique précoce et la bravoure au cœur de la lutte contre l’occupant allemand et le régime de Vichy.


Lucie Bernard obtient son baccalauréat en 1932-1933 puis l’agrégation d’histoire-géographie en 1938, ce qui fait d’elle une des premières femmes à atteindre un haut niveau de qualification universitaire à cette époque. Elle militait déjà depuis 1932 aux Jeunesses communistes et fréquentait des cercles pacifistes et étudiants, ce qui forme son engagement politique avant la guerre. Mariée en 1939 à Raymond Samuel (qui prendra le nom de guerre « Aubrac »), elle se retrouve professeure à Strasbourg au moment de la défaite de 1940, puis refusant de partir aux États-Unis comme cela lui était proposé, elle choisit de rester auprès de son mari et de s’engager dans la Résistance.


Dès l’automne 1940, Lucie fait partie du noyau fondateur du mouvement Libération-Sud, l’un des trois grands mouvements de Résistance en zone libre, avec Combat et Franc-Tireur. Sous le pseudonyme de « Catherine », elle participe à la rédaction et à la diffusion du journal clandestin Libération, qui sert de feuille de liaison entre les réseaux et les responsables civils et militaires de la Résistance du Sud. Elle organise aussi la fabrication de faux papiers, la logistique des réunions clandestines et le passage de résistants à travers la ligne de démarcation entre zone occupée et zone libre, ce qui en fait une véritable cheffe d’équipe clandestine plus qu’une simple militante secondaire.


Le rôle le plus emblématique de Lucie Aubrac est son implication dans la libération de son mari Raymond, mais aussi d’un groupe de résistants capturés. En 1940, après la capture de Raymond comme prisonnier de guerre à Sarrebourg, elle organise et réussit son évasion, ce qui lui permet de le rejoindre en zone libre et de poursuivre leur action commune. En 1943, alors que Raymond est arrêté en même temps que Jean Moulin à Caluire, puis transféré de la prison de Montluc à Lyon, elle joue un rôle central dans la préparation et le déclenchement de l’attaque du fourgon qui le transporte, contribuant ainsi à l’évasion collective de plusieurs résistants.


Certaines sources évoquent aussi une autre opération où elle aurait fait pression sur un magistrat français pour obtenir la libération provisoire de son mari, en menaçant, par l’intermédiaire des réseaux, d’un message de la BBC visant directement la personne du procureur s’il ne le libérait pas à une date donnée. Cette combinaison de bravoure physique et de calcul politique montre que Lucie Aubrac n’est pas seulement une femme courageuse, mais une véritable stratège au sein de la Résistance, capable de manœuvrer à la fois les réseaux clandestins et les autorités de Vichy.


À travers son parcours, Lucie Aubrac illustre la place essentielle, mais longtemps minimisée, des femmes dans la Résistance. Dans libération-sud, elle ne se contente pas de tâches « secondaires » : elle est responsable de liaisons, de fausses identités, de messages codés et de la coordination entre cellules, ce qui revient à assurer une partie vitale de la chaîne de commandement clandestin. Elle agit aussi en tant que figure de confiance auprès des autres résistants, au point que sa participation à des opérations armées, des évasions ou des négociations politiques démontre que la Résistance n’est pas seulement une affaire masculine, mais un engagement collectif où les femmes tiennent des postes décisifs.


Après la Libération, Lucie Aubrac continue de militer pour les droits de l’homme, notamment en s’engageant dans des associations anticolonialistes et en défendant les personnes victimes d’injustice ou de répression. Elle participe à la mise en place des Comités de libération et siège à l’Assemblée consultative du Gouvernement provisoire de la République française, ce qui montre que son rôle politique ne se limite pas à la guerre clandestine. Dans les années suivantes, elle publie ses mémoires, dont Ils partiront dans l’ivresse (1984) puis La Résistance expliquée à mes petits-enfants (2000), où elle insiste sur la dimension morale et citoyenne de la Résistance, en la présentant comme un acte de refus de l’oppression et de défense de la liberté.


Philippe Caunois -  Mars 2026 - AVHEC



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