Association Villiéraine Historique
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La Bête du Gévaudan.
La Bête du Gévaudan reste l'une des énigmes les plus fascinantes de l'histoire française du XVIIIe siècle. Entre 1764 et 1767, cette créature mystérieuse a terrorisé les campagnes du Gévaudan, faisant une centaine de victimes humaines.
Le Gévaudan, région rurale du Languedoc correspondant aujourd'hui à la Lozère et une partie de la Haute-Loire, était une zone isolée et pauvre sous le règne de Louis XV. Les habitants, principalement bergers et paysans, vivaient dans la précarité, avec une forte dépendance au bétail et une faible alphabétisation.
Les attaques débutent en juin 1764 près de Saint-Étienne-de-Lugdarès, dans le nord-ouest du Vivarais. Une jeune vachère est agressée, suivie de la mort de Jeanne Boulet aux Hubacs, première victime officielle. La région, marquée par des forêts denses comme Mercoire et des plateaux comme la Margeride, offrait un terrain idéal à un prédateur.
À l'époque, les loups étaient courants en France, causant déjà des ravages, mais cette "Bête" se distinguait par sa taille exceptionnelle, décrite comme un loup géant avec une gueule large, des crocs proéminents et une fourrure rousse. Les rumeurs amplifiées par les gazettes locales et nationales propageaient la panique, transformant un fait divers en affaire d'État.
Les premières attaques se concentrent dans la vallée de l'Allier : le 8 août 1764, une fille de 14 ans est tuée au Mas Méjean. Les victimes sont majoritairement des enfants et femmes gardiens de troupeaux, isolés dans les champs.
La Bête remonte vers le nord de la Lozère, autour d'Aumont-Aubrac, Saint-Chély-d'Apcher et Le Malzieu-Ville, puis au Mont Mouchet, aux confins du Cantal, de la Lozère et de la Haute-Loire. Entre juillet 1764 et juin 1767, on recense une centaine de morts dévorés et de blessés graves, attestés par les registres paroissiaux de Mende, du Puy et d'Aurillac.
En septembre 1764, Louis XV envoie le capitaine Duhamel avec 57 dragons pour des battues massives, mobilisant jusqu'à 30.000 paysans en février 1765. Les Denneval, louvetiers normands, échouent ensuite. En juin 1765, François Antoine, porte-arquebuse du roi, abat un grand loup gris aux Chazes le 20 septembre, présenté comme la Bête, mais les attaques reprennent.
Son fils, Antoine de Beauterne, continue la traque. Les descriptions varient : yeux rouges, capacité à sauter des murs, intelligence surnaturelle. Le 19 juin 1767, Jean Chastel, paysan de La Besseyre-Sainte-Mary, tue une bête à la Sogne d'Auvers avec une balle bénie ; les attaques cessent alors.
La fin des attaques coïncide avec le coup de fusil de Chastel, célébré localement mais contesté : l'animal, mesurant 1,50 m avec des pattes palmées, est empaillé et exposé à Versailles. Louis XV offre une récompense de 6.000 livres.
Politiquement, l'affaire ridiculise le roi auprès des Anglais, qui en font des caricatures moquant l'armée française défaite par une bête. Les gazettes cessent d'en parler après 1767 pour éviter d'attiser la contestation populaire sur les impôts royaux.
Sur le plan local, la région vit dans la terreur : processions religieuses, primes aux chasseurs, et une chasse aux loups accrue réduisent leur population. Des centaines d'animaux sont tués, mais seuls des canidés sont identifiés.
Les théories abondent : loup géant, hybride loup-chien, voire lion échappé d'un cirque ou hyène, un canidé ou plusieurs. Les archives confirment des canidés, sans preuve d'autre chose. Aujourd'hui, le mystère persiste, alimenté par des analyses modernes (ADN sur restes non concluants).
Touristiquement, la Bête génère un folklore riche : statues, musées à Saugues et Malzieu, festivals annuels. Des films comme La Bête du Gévaudan (2001) et livres perpétuent la légende, symbolisant les peurs rurales et l'inefficacité monarchique pré-révolutionnaire.
Cette histoire vraie, loin d'un conte, révèle les tensions sociales du XVIIIe siècle et fascine encore par son irrationalité.
Philippe Caunois - Mai 2026 - AVHEC
Pour aller plus loin, vous pouvez lire :
- Sur les traces de la Bête du Gévaudan et de ses victimes de Bernard Soulier
- La Bête du Gévaudan : Mythe et réalités de Jean-Marc Moriceau