Envie de Lire : Bernard Schlink, Ce qui reste.
(Gallimard, 2026, 206 pages)
Quel beau livre ! un livre pudique, élégant, profond, ! Il fallait oser tout de même, parler de ce qui reste de nous après notre mort, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Et d’ailleurs, doit-il rester quelque chose de soi, doit-on se dépêcher de transmettre, question centrale du livre, avant notre néant ? L’avenir a-t-il besoin de ce que nous avons été ? Notre vie comporte-t-elle vraiment des leçons pour nos héritiers ? Telles sont les questions que se pose Martin (l’auteur ?) qui apprend, au sortir du cabinet de son médecin, que ses jours sont désormais comptés et qu’il va mourir. Or, malgré ses 76 ans il vient de refaire sa vie et son petit garçon n’est encore qu’au jardin d’enfant. Après la transmission, la paternité, qu’elle fut ou non tardive, s’impose au fil des pages, devant cet enfant qu’il ne verra pas grandir. L’une des réussites de ce livre, c’est son absence de pathos, malgré l’émotion qu’il suscite.
Et si c’était moi, se dit-on ? Pas non plus de vademecum pour nous dire ce qu’il convient de faire, à chacun son chemin, pas de leçon. Non seulement l’ouvrage est une question, mais il est aussi une démarche, car la pensée de Martin évolue au cours du livre. Tout d’abord, vivre vite avec David ce qu’il n’a pas encore pu vivre et ce qu’il ne vivra pas, goûter chacune des heures en toute conscience, oui, c’est ça, prendre conscience de l’unicité de chaque seconde de vie. Regarder les objets autrement, car ils portent et racontent l’histoire. Un fauteuil, une pipe, parlent bien plus que des mots.
Apprendre à l’enfant qui sait que papa va mourir, ce que l’on doit savoir de la vie. Et avec Ulla comment profiter du temps qui reste ? Que va-t-elle devenir ensuite ? Pour cela, il a déjà la réponse : il la découvre dans la deuxième partie du livre. A quoi bon s’offusquer !
Alors, laissons couler ces dernières semaines, prenons ce qu’elles nous donnent, loin de toute rage, de toute révolte, de tout conflit pour ne donner place qu’à l’amour. Et s’il n’y avait qu’à laisser à chacun sa découverte de la vie ? La délicatesse de Martin ira jusqu’au bout, s’effaçant du quotidien quand la souffrance et la dégradation seront trop fortes. Un livre à lire, plus encore à garder, à méditer.
Danièle Abraham-Thisse
2026
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