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Le détroit d’Ormuz est l’un des lieux les plus stratégiques du monde contemporain.


Étroit passage maritime reliant le golfe Persique au golfe d’Oman, il concentre à lui seul une partie essentielle des flux énergétiques mondiaux. Mais son importance ne date pas d’hier : depuis l’Antiquité, ce couloir maritime a été un espace d’échanges, de rivalités impériales et de confrontations géopolitiques. Comprendre l’histoire du détroit d’Ormuz, c’est donc suivre la longue évolution d’un point de passage où se croisent commerce, pouvoir et sécurité internationale.


Bien avant de devenir un symbole de la géopolitique pétrolière, le détroit d’Ormuz fut une voie de circulation commerciale majeure. Sa position, entre la péninsule Arabique, l’Iran et l’océan Indien, en faisait un axe naturel entre les mondes méditerranéen, perse, indien et asiatique. Dès l’Antiquité, les marchands y faisaient transiter des épices, des étoffes, des perles et des produits précieux. Le golfe Persique formait alors une zone de contact entre de grandes civilisations, et le détroit constituait la porte d’entrée de cet ensemble.

Au Moyen Âge, la ville et l’île d’Ormuz acquièrent une renommée considérable. Située à proximité du détroit, la principauté d’Ormuz devient un centre commercial prospère, capable de tirer profit des échanges entre l’Orient et l’Occident. Des voyageurs comme Marco Polo ont contribué à faire connaître cette région à l’Europe. Les récits de marchands et de navigateurs montrent qu’Ormuz était déjà perçu comme un lieu de richesse, mais aussi de danger, car les routes maritimes y étaient exposées aux taxes, aux rivalités locales et aux rapports de force entre puissances régionales.

À partir du XVIe siècle, le détroit d’Ormuz entre dans l’orbite des grandes rivalités impériales. Les Portugais, dans le cadre de leur expansion maritime, s’emparent d’Ormuz en 1507 afin de contrôler les routes vers l’Inde et de dominer le commerce de l’océan Indien. Leur présence témoigne d’une nouvelle époque : celle où les puissances européennes cherchent à maîtriser les points de passage stratégiques pour imposer leur suprématie commerciale.

Cette domination portugaise ne dure pas sans contestation. La Perse safavide, sous Abbas Ier, reprend Ormuz en 1622 avec l’aide des Anglais, ce qui marque le recul de l’influence portugaise dans la région. Cet épisode est essentiel, car il montre déjà que le détroit n’est pas seulement un passage maritime : il est un objet politique. Qui contrôle Ormuz contrôle un accès, une circulation, et donc une partie du pouvoir régional.

Au cours des siècles suivants, le détroit reste au cœur des ambitions des grandes puissances. Les Britanniques, au XIXe siècle, imposent progressivement leur influence sur le golfe Persique, notamment pour sécuriser la route maritime vers l’Inde. Ils établissent des protectorats ou des accords avec plusieurs principautés littorales, transformant la région en zone d’intérêt stratégique majeur. Le détroit devient alors un enjeu d’équilibre impérial, dans un contexte où la maîtrise des mers est synonyme de domination.

Le XXe siècle change radicalement la signification du détroit d’Ormuz. Si son rôle de couloir commercial demeure, il devient surtout un passage énergétique essentiel avec le développement massif de l’exploitation pétrolière dans le golfe Persique. À partir du milieu du siècle, l’or noir transforme la région en centre névralgique de l’économie mondiale. Le détroit sert dès lors de voie de sortie pour les exportations de pétrole en provenance d’Arabie saoudite, d’Irak, des Émirats arabes unis, du Koweït, du Qatar et de l’Iran.

Cette évolution fait du détroit un point de vulnérabilité planétaire. À mesure que la consommation mondiale de pétrole augmente, toute perturbation dans cette zone risque d’avoir des répercussions sur les marchés, les prix de l’énergie et la stabilité économique internationale. Le détroit d’Ormuz devient ainsi un véritable goulet d’étranglement géopolitique : sa faible largeur et sa profondeur limitée en font un passage facile à surveiller, mais aussi très exposé à un blocage, à une menace de minage ou à des attaques sur le trafic maritime.

La révolution islamique de 1979 en Iran marque un tournant majeur. Le nouveau régime adopte une posture de défi vis-à-vis des États-Unis et des puissances occidentales, ce qui donne au détroit d’Ormuz une dimension encore plus explosive. L’Iran comprend rapidement que sa position géographique lui offre un moyen de pression potentiel sur ses adversaires : menacer le détroit, c’est menacer une part importante du commerce pétrolier mondial.

Cette logique apparaît avec force pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), en particulier lors de la « guerre des pétroliers ». Les deux camps cherchent alors à frapper les exportations adverses et à perturber les flux maritimes dans le golfe. Des navires sont attaqués, des mines sont posées, et les États-Unis s’impliquent pour protéger la navigation commerciale. Le détroit d’Ormuz devient un théâtre indirect de la guerre, où l’affrontement militaire se combine à la pression économique.

Depuis lors, chaque crise entre l’Iran et ses adversaires ravive la crainte d’une fermeture du détroit. Téhéran a régulièrement laissé entendre qu’il pourrait bloquer le passage en cas d’agression ou de sanctions extrêmes. Même si une fermeture prolongée serait aussi très coûteuse pour l’Iran lui-même, cette menace reste un instrument de dissuasion très puissant. Le détroit est donc au centre d’une stratégie du rapport de force asymétrique.

Le détroit d’Ormuz n’est pas seulement un espace de confrontation militaire ; c’est aussi un lieu de tension juridique. En droit international de la mer, les détroits utilisés pour la navigation internationale sont soumis au principe du passage en transit. Cela signifie que les navires civils et militaires peuvent y circuler sans que les États riverains puissent en interdire arbitrairement le passage. Ce cadre juridique limite les marges de manœuvre des puissances côtières, tout en rappelant que la liberté de circulation est un principe majeur du système maritime mondial.

Mais le droit ne suffit pas à éliminer la conflictualité. Dans les faits, les détroits sont des espaces de friction entre souveraineté nationale et circulation internationale. L’Iran, en particulier, conteste parfois l’interprétation occidentale de ce droit, tandis que les États-Unis et leurs alliés affirment la nécessité de maintenir la liberté de navigation. Le détroit d’Ormuz devient ainsi un lieu où s’affrontent deux logiques : celle de l’État riverain qui revendique son voisinage stratégique, et celle de la communauté internationale qui défend la fluidité des échanges globaux.

Aujourd’hui, le détroit d’Ormuz demeure un point névralgique de l’économie mondiale. Une part très importante du pétrole transporté par voie maritime y transite, ce qui en fait un passage décisif pour l’approvisionnement énergétique de l’Asie, de l’Europe et d’autres régions du monde. Une simple tension dans cette zone peut provoquer une hausse des prix du pétrole, des inquiétudes sur la sécurité des approvisionnements et une volatilité accrue sur les marchés financiers.

Les enjeux sont aussi militaires. Les États-Unis maintiennent une présence navale importante dans la région, en coordination avec certains alliés, afin de garantir la liberté de navigation. Cette présence vise à décourager toute tentative de fermeture du détroit ou toute attaque contre les navires marchands. De leur côté, l’Iran et certains acteurs régionaux considèrent cette présence comme une forme de pression stratégique permanente.

Le détroit d’Ormuz est également lié aux grandes recompositions géopolitiques du Moyen-Orient. Les rivalités entre l’Iran et les monarchies du Golfe, les tensions avec Israël, l’implication des grandes puissances et les effets des sanctions économiques contribuent à faire de ce passage maritime un baromètre des crises régionales. Sa stabilité ou son instabilité reflète souvent l’état général des rapports de force au Moyen-Orient.


L’histoire du détroit d’Ormuz est celle d’un espace minuscule par sa taille, mais immense par son importance. Depuis des siècles, il relie les mondes, transporte les richesses, suscite les convoitises et cristallise les tensions. D’abord route commerciale ancienne, puis enjeu impérial, il est devenu au XXe siècle un passage énergétique vital pour la planète. Aujourd’hui encore, il incarne la fragilité d’un système mondial dépendant de flux maritimes concentrés dans quelques points stratégiques.

Le détroit d’Ormuz rappelle une vérité essentielle de l’histoire mondiale : les lieux les plus étroits sont parfois les plus décisifs. Là où la géographie concentre les routes, elle concentre aussi les rivalités. C’est pourquoi Ormuz n’est pas seulement un détroit ; c’est un symbole de la rencontre entre géographie, économie et puissance.

Philippe Caunois -  Mai 2026 - AVHEC


Pour aller plus loin, nous vous conseillons de lire L'Iran et le détroit d'Ormuz, Stratégies et enjeux de puissance depuis les années 1970 de Léa Michelis


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