Évocations musicales.
Ces derniers mois, l’atelier musique a voyagé dans l’espace et dans le temps, à la recherche de l’inspiration des compositeurs.
Ces derniers mois, l’atelier musique a voyagé dans l’espace et dans le temps, à la recherche de l’inspiration des compositeurs. C’est vers SHAKESPEARE, si souvent évoqué dans les opéras, que notre curiosité s’est d’abord orientée. Il est certainement l’écrivain qui fut le plus mis en musique. Bien que non musicien, il aimait la musique qui scande nombre de ses pièces notamment La nuit des rois, la plus musicale de toutes. Ne disait-il pas de la musique qu’elle renforce le caractère dramatique et émotionnel du théâtre, tout en bravant le puritanisme du pouvoir élisabéthain qu’il critiquait. On ne compte plus les compositeurs qui firent de ses pièces les plus majestueux des opéras, de PURCELL à VERDI et ROSSINI sans oublier BERLIOZ, jusqu’au West side story de notre temps. Shakespeare ? un incontournable de la musique. N’est ce pas lui qui nous parlait du songe de la NUIT, révélant un autre thème devenu cher aux compositeurs, et sur lequel notre atelier se pencha avec gourmandise. Si John FIELD (1782-1837) inventa la technique du Nocturne, successeur du libre Notturno, Chopin en fut le grand Maître. Mais la nuit musicale a mille habits. Terrifiante chez GLUCK, MOZART, BERLIOZ, ou BRITTEN, elle prête au rêve chez RAMEAU, SCHUBERT, Manuel DE FALLA et bien sûr, MENDELSSOHN. Refuge de l’amour comme le chante la barcarolle d’OFFENBACH, elle est aussi le royaume du fantastique avec BERLIOZ, MOUSSORSKY et leurs nuits de sabbat, le refuge de la spiritualité avec les Métamorphoses de LIGETI et bien sûr l’empire du sommeil avec les berceuses (MOZART, BRAHMS).
Mais la nuit n’est-elle pas un VOYAGE qui nous emporte au loin ? Nous avons donc décidé de suivre les compositeurs dans leurs notes de voyage. La plupart d’entre eux sillonnèrent les chemins, pour leur formation, pour gagner leur vie, documenter leurs œuvres, répondre aux invitations des cours européennes (MOZART), mais aussi pour fuir les contraintes et la censure de régimes hostiles, préférant l’exil, qu’il fut temporaire ou définitif : CHOPIN, KODALY, BARTOK, DVORJAK, RIMSKY-KORSAKOV, RACHMANINOFF.
K.WEIL et bien d’autres trouvèrent ailleurs accueil et épanouissement de leur art en leur ouvrant de nouvelles pages d’inspiration .
Subtilement ou ouvertement, nombre d’entre eux furent aussi des HOMMES ENGAGES dont l’arme fut la musique. Bien des compositions musicales recèlent, voire affichent les opinions politiques, religieuses de leur créateurs. Jusqu’au XVIII siècle, employés de cour, les musiciens témoignent de la fidélité à leur employeur (LULLY et Louis XIV), question de survie, plus contrainte que choisie. MOZART marque la première rupture, spirituelle, avec sa musique franc-maçonne. Mais c’est surtout la Révolution française qui fera de la musique un moyen d’expression politique à part entière avec la Marseillaise tout de même, inspirée du 25ème concerto pour piano de Mozart, et autres chants patriotiques liés à l’Empire avec MEHUL (le chant du départ), PAISIELLO, SPONTINI ou GRETRY. Mais les oppositions grondent avec TCHAIKOVSKI et son 1812 pro russe et anti français, BEETHOVEN et sa symphonie Bonaparte devenue Héroïque.
Le grand mouvement des nationalités du XIXe siècle trouve écho chez VERDI et son Chœur des Hébreux de Nabucco, chant du Risorgimento et de l’unité italienne devenu l’expression universelle de la Liberté, WAGNER, chantre de la mythologie germanique exploité (à son corps défendant ?) par les nazis, SMETANA et Ma Patrie, drapeau du peuple tchèque, SIBELIUS et son Finlandia, considéré comme l’hymne national finlandais. CHOSTAKOVITCH est sans doute le musicien symbolique de l’engagement politique et patriotique avec sa 5e symphonie (pro ou anti-stalinienne, le débat court encore), la symphonie Leningrad, composée lors du siège de la ville par Hitler en 1942, véritable symbole mondial de la résistance à tous les totalitarismes ! La musique est devenue une arme idéologique, capable de mobiliser les foules, comme l’expriment bien des chanteurs contemporains de Brassens à Ferrat et les rappeurs dont les cris de révolte inondent les ondes.
Et comme il fallait bien finir la saison sur un cocorico national, nous avons rendu hommage à BIZET dont nous fêtions cette année l’anniversaire de la mort à 36 ans en 1875. Auteur de l’opéra Carmen, le plus joué dans le monde, il fut le plus malchanceux dans sa vie, ne récoltant jamais le succès.
Ah si seulement les artistes connaissaient la gloire posthume qui les attend, ce serait pour eux plus consolateur ! Pauvre Bizet : hier le public boudait sa Carmen, dès le lendemain de sa mort, l’opéra refusait des spectateurs ! Ainsi va le monde…
Danièle Abraham-Thisse - Mai-Juin 2025