Association Villiéraine Historique
et Culturelle Guillaume Budé
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La Résistance en France.
La Résistance française naît dans le contexte de l’effondrement militaire et politique de la France au printemps 1940, après la fulgurante offensive allemande et l’armistice demandé par le maréchal Pétain le 17 juin 1940. Le pays est alors coupé en deux : une zone occupée au nord et à l’ouest, directement contrôlée par l’Allemagne, et une « zone libre » au sud sous l’autorité du régime de Vichy, qui choisit la collaboration avec le Reich. Pour beaucoup de Français, cette défaite brutale et la propagande officielle créent d’abord un climat de stupeur, de résignation et de peur, peu favorable à une opposition ouverte.
Dès le 18 juin 1940, pourtant, une voix discordante se fait entendre depuis Londres : le général de Gaulle appelle à poursuivre le combat et propose aux Français de le rejoindre pour continuer la guerre aux côtés des Alliés. Cet appel ne touche qu’une minorité sur le moment, mais il offre un cadre symbolique et politique à ceux qui refusent la défaite et la collaboration. En France même, les premiers gestes de résistance sont souvent individuels et mal coordonnés : distribution de tracts, refus de la propagande, aide à des prisonniers évadés, premiers noyaux de renseignements.
Il faut aussi tenir compte du contexte idéologique : l’Occupation et Vichy imposent une politique répressive, antisémite et liberticide (Censure, arrestations, Statut des Juifs), qui choque une partie croissante de la population. À partir de l’attaque allemande contre l’URSS en juin 1941, le Parti communiste français, jusque- là tenu par le pacte germano-soviétique, entre pleinement dans la lutte armée, ce qui renforce la Résistance intérieure. Ainsi, la Résistance naît de la conjonction d’une défaite, d’un régime autoritaire et collaborationniste, et de refus multiples, patriotiques, politiques, parfois religieux ou moraux.
Au début, les réseaux et les mouvements de Résistance sont très dispersés : groupes communistes, mouvements gaullistes, organisations d’anciens militaires, réseaux de renseignement liés aux Britanniques ou à la France libre. En zone sud, des mouvements comme Combat, Libération- Sud ou Franc-Tireur diffusent une presse clandestine et structurent des réseaux de militants. En zone nord, d’autres organisations comme l’Organisation civile et militaire (OCM), Ceux de la Résistance (CDR) ou Ceux de la Libération (CDLL) se constituent autour d’activités de renseignement, de propagande et, progressivement, d’actions armées.
Les formes d’action sont multiples. La Résistance mène d’abord une guerre de l’information : journaux clandestins, tracts, affiches, qui dénoncent la collaboration, informent sur la guerre et s’opposent à la propagande allemande et vichyste. Elle organise aussi des filières d’évasion pour pilotes alliés abattus, prisonniers évadés ou Juifs menacés, ainsi que des réseaux de renseignement au profit des Alliés. À partir de 1942-1943, les attentats, sabotages de voies ferrées, d’usines travaillant pour l’ennemi et d’infrastructures militaires se multiplient, marquant un passage à une lutte plus directement armée.
Un enjeu central est l’unification de ces forces dispersées. De Gaulle, à Londres puis à Alger, cherche à rassembler résistance intérieure et France libre pour renforcer la légitimité de la France combattante. Il dépêche Jean Moulin en France pour coordonner les mouvements : la mission de ce dernier aboutit, en janvier 1943, à la création des Mouvements unis de la Résistance (MUR) en zone sud, qui fusionnent plusieurs grands mouvements autour d’une structure commune. Parallèlement, des émissaires comme le colonel Passy et Pierre Brossolette contribuent au regroupement des mouvements de zone nord.
L’étape décisive est la création, en mai 1943, du Conseil national de la Résistance (CNR), qui rassemble mouvements de Résistance, partis politiques et syndicats autour d’un programme politique pour la France d’après-guerre. Ce programme prévoit non seulement la poursuite de la lutte, mais aussi des réformes sociales et politiques profondes (renouveau démocratique, sécurité sociale, nationalisations) destinées à refonder la République. Sur le plan militaire, la fusion progressive des formations armées, Armée secrète, Francs- tireurs et partisans (FTP), Organisation de résistance de l’armée (ORA), débouche, en février 1944, sur la création théorique des Forces françaises de l’Intérieur (FFI), placées sous l’autorité du général Koenig.
À partir de l’été 1943 et surtout en 1944, les actions de la Résistance s’intensifient à l’approche des débarquements alliés. Les maquis, souvent composés de réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), mènent des actions de guérilla dans les campagnes et perturbent les communications allemandes. Lors du débarquement de Normandie (juin 1944) puis de Provence (août 1944), les résistants appuient les troupes alliées par des sabotages massifs et des insurrections locales, ce qui accélère la libération du territoire, comme l’illustre l’insurrection parisienne d’août 1944 soutenue par les FFI.
La contribution de la Résistance à la Libération permet à de Gaulle et au Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) d’éviter le scénario d’une France considérée comme pays vaincu et occupé par les Alliés. Politiquement, la Résistance intérieure, intégrée au GPRF à travers une Assemblée consultative, donne une légitimité nationale au pouvoir gaulliste renaissant. Les résistants y sont présents aux côtés de représentants des partis et syndicats, ce qui permet d’ancrer le nouveau régime dans le camp de la France combattante plutôt que dans celui de Vichy.
Dans l’immédiat après- guerre, cette légitimité se traduit aussi par l’épuration des collaborateurs, à la fois « sauvage » (été 1944, violences et règlements de comptes) et « légale » (procès, condamnations, internements). Des milliers de personnes sont internées pour faits de collaboration, et plusieurs figures de Vichy ou de la collaboration sont jugées, parfois exécutées. Toutefois, cette épuration reste incomplète et inégale, ce qui nourrira des débats et des ressentiments durables au sein de la société française.
Sur le plan social et économique, la Résistance exerce une influence décisive à travers le programme du CNR, qui inspire plusieurs grandes réformes de la Libération. Le GPRF met en œuvre la création de la Sécurité sociale, le renforcement des droits syndicaux, des nationalisations stratégiques (banques, énergie, transports) et un État social fort, censé corriger les injustices et reconstruire le pays. Ces mesures marquent durablement le modèle social français d’après- guerre, même si leur application concrète résulte de compromis politiques entre forces gaullistes, communistes et socialistes.
Les conséquences se jouent enfin sur le terrain de la mémoire. Dans les décennies qui suivent, une « mémoire gaulliste » met en avant l’image d’une France quasi unanime dans la Résistance, occultant la diversité des engagements et la réalité de la collaboration. De leur côté, les communistes insistent sur le thème du « parti des fusillés » pour légitimer leur place dans la vie politique, valorisant le sacrifice des militants FTP. À partir des années 1970, des historiens remettent en question cette vision trop héroïsée de « 40 millions de résistants » et interrogent davantage la complexité des comportements sous l’Occupation.
La Résistance laisse ainsi un héritage ambivalent : elle demeure un puissant mythe fondateur de la République restaurée, symbole de liberté, de courage et de refus de l’oppression. Mais elle ouvre aussi un champ de débats sur la manière dont une société affronte son passé, entre héroïsation, oubli et reconnaissance des zones d’ombre. Aujourd’hui encore, la mémoire de la Résistance structure le récit national, tout en étant constamment réinterrogée par les travaux historiques et les commémorations.
Philippe Caunois - Mars 2026 - AVHEC