Réquisition de chevaux
à Villiers en 1943.
Au milieu de documents épars dans les archives de l’ex-Société Historique figure un curieux document relatif à la réquisition de chevaux imposée par les occupants en 1943. En vérité ces réquisitions, déjà connues lors de la Première Guerre mondiale, dataient de 1939, les dernières ayant eu lieu en 1944. Ce fut d’abord l’armée française, avant les armées d’occupation, qui prononça ces réquisitions pour les besoins de l’armée, notamment en compensation du carburant, devenu rare au fur et à mesure que se prolongeait le conflit.
La grande majorité de ces chevaux provenait des exploitations agricoles qui en avaient grand besoin pour les travaux des champs dont la production assurait le ravitaillement des villes. Il n’était donc pas question de tous les prendre, d’autant qu’un certain nombre avait déjà péri sur les routes de l’exode. Les premiers temps, l’administration procéda par échange : un cheval frais contre un cheval fatigué. À dater de 1941, furent ouverts des hôpitaux vétérinaires qui leur étaient destinés. Les chevaux réquisitionnés, de selle comme de trait, devaient avoir entre 4 et 10 ans, être ni aveugles ni borgnes, n’être ni des juments pleines, des étalons ou des pur-sang, et ne pas dépasser 1m65 au garrot. Ils devaient pouvoir porter des charges de 100 kg et être livrés avec licol et longe, mais sans être nécessairement ferrés. Un tiers à un quart du cheptel fut ainsi prélevé.
Le document villiérain, en provenance du département de Seine-et-Oise, est daté du 3 février 1943. C’est un formulaire imprimé, rédigé en allemand et en français, complété au crayon (donc presque effacé) par la ville de Villiers (alors sous l’autorité de la Délégation spéciale de Philippe LEMERCIER, nommé par le Préfet).
Il concerne l’inventaire des 18 « chevaux à présenter » (« Pferde-Vorführungsliste ») dont disposaient les Villiérains à cette date, à savoir 36 chevaux âgés de 3 ans et plus. L’intérêt de ce document vient de ce qu’il cite les noms des 17 propriétaires dont 3 femmes, l’une étant veuve, leur adresse, leur profession, la superficie de leur propriété (pas très lisible), la robe du cheval, son sexe, et son année de naissance, renseignements que nous retrouvons en grande partie dans le tableau ci-dessous sur lequel figurent des noms familiers aux vieux Villiérains. Ce document nous rappelle que Villiers est encore une ville agricole, même si nous constatons que certains chevaux sont la propriété privée de commerçants, plus ou moins aisés et non d’agriculteurs. Nous ne savons pas quels chevaux furent réquisitionnés, mais probablement peu si l’on tient compte du règlement car au moins un cheval est borgne, deux sont des étalons. Ces derniers, tout comme les juments, ne semblent pas relever d’exploitations agricoles. En outre, la quasi-totalité de ces chevaux sont âgés, le plus vieux date de 1911 (32 ans) et le plus jeune de 1936 (7 ans). Si l’on tient compte des normes, c’est le seul cheval qui serait mobilisable, l’autre de 1936 étant un étalon, tous les autres, dépassant les dix ans requis. Mais rien ne nous dit que ces normes n’aient pas changé et été étendues à des chevaux plus âgés et de qualité autre. On peut également penser que les chevaux plus jeunes ont déjà été réquisitionnés et qu’il ne reste plus que quelques bêtes fatiguées ou intouchables.
Les noms sont cités dans l’ordre du document.
Cheval bai : cheval roux
Cheval bai basané : à la robe rousse ou marron foncé
Cheval alezan : au poil du roux au brun, souvent originaire de Forêt-Noire ou du Suffolk
Cheval pommelé ou pomé : avec des tâches rondes
Cheval alezan brûlé : de la couleur du café très torréfié
Danièle Abraham-Thisse
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