Association Villiéraine Historique

et Culturelle Guillaume Budé

Musée : 31, rue Louis Lenoir 94350 Villiers-sur-Marne    I     Horaires : mercredi et samedi après-midi de 14H00 à 17H00

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L'Association Villiéraine Historique et Culturelle Guillaume Budé a organisé :


Une journée à Laon, vendredi 28 mars 2025


Le car nous attendait devant le magasin « Picard surgelés », nom prémonitoire, car le fond de l’air était frais et il le restera toute la journée, en d’autres termes, avec peu d’interruptions dans la chaîne du froid. De «Picard» à la Picardie environ 150 km ! Mais selon moi, il faudra retourner à Laon, car, à peine arrivés à Marne-la -Vallée, le brouillard nous attendait et nous accompagnera jusqu’à destination. Et là, pas question d’admirer « la montagne couronnée » ou « le vaisseau de lumière » qui domine cette région appelée par certains « la Toscane du Nord ». Après la traversée des quartiers de la ville basse, la route monta en lacets vers la ville haute, la partie historique, qui s’appelait Laudunum ou Lugdunum.

Ceinte de 6 km de remparts et dotée de portes superbes, elle est comme un îlot minéral surplombé à 180 m par la cathédrale, les différents édifices religieux attenants, le presbytère, l’abbatiale Saint-Martin, le couvent… Ce sont plus de 80 monuments classés : la cathédrale et le quartier épiscopal, 3 abbayes, dont l’abbaye de femmes Notre-Dame Saint Jean de Laon fondée en 641, deux commanderies, 16 églises paroissiales, des couvents et le cimetières des Ursulines… qui occupent l’espace du plateau, ne laissant que peu de place à des habitations individuelles. La cathédrale gothique pré-sente des caractéristiques architecturales étonnantes, une des premières, construite entre 1150/1180. Elle servit de modèle pour celles de Chartres et Paris. Elle présente la particularité, outre ses 23 chapelles latérales, d’offrir sur son toit l’asile à deux gargouilles particulières, des têtes de boeufs en hommage à ces animaux, qui tirèrent les charriots remplis de ces pierres extraites des carrières qui strient le sous-sol et destinées à construire les maisons et divers édifices. Les souterrains constituent en effet, l’autre curiosité de Laon : des kilomètres de galeries entrecoupées de lieux de tailles de la pierre calcaire, un terrain inégal, mais bien entretenu, permettant même aux personnes à mobilité difficile, de visiter ces couloirs impressionnants.


Laon fut la capitale du premier royaume de France, lieu de résidence des rois carolingiens de 895 à 988 : un seul roi y fut couronné en 945, Louis IV d’Outremer (signifiant qu’il fut en Angleterre). A cette période, les rois étaient affublés d’un qualificatif : le Pieux, le Bref, le Chauve…Ils nous sont moins connus que les Capétiens qui leur succédèrent. Laon fut la première capitale du royaume de France, vous aurez en mémoire, Clovis, Berthe au Grand pied , mère de Charlemagne…Puis, la Cour se déplaça vers Soissons et Reims. Des seigneurs-évêques gérèrent alors la ville, mais en 1132 les habitants se révoltèrent contre l’un d’entre eux, trop gourmand en prélèvements de taxes et impôts. Cette même année voyait Laon se voir accordé le droit de fortification par le roi. (Dreux Budé obtint ce privilège en 1448 pour Villiers).

Un mot sur « La chapelle de Templiers » de 1154 environ, étonnante petite construction quasiment rénovée, qui brille comme une église orthodoxe en mer Egée, au milieu de bâtiments, qui, eux, n’auront peut-être pas la chance de connaître cette blancheur. La ville haute laisse une impression étrange, comme un musée urbain où l’on sent l’histoire, tapie derrière ces murs hauts et décrépis, en attente d’une hypothétique rénovation, à l’instar de la plus vieille maison, qui date du XIIème siècle : la « Maison des Chanoines », restaurée par leurs propriétaires architectes.

En 1870, le 9 septembre, la ville est assiégée par les Wurtembergeois et, sans issue, le commandant de la place décida de livrer la ville à l’assiégeant , mais un garde d’artillerie, nom-mé Henriot, qui, ne se satisfaisant pas de cette décision, fit sauter la poudrière, tuant des centaines de soldats, amis ou ennemis, mais surtout amis. Patriote ou meurtrier ? Une tête brûlée assurément. Des lourdes représailles suivirent et Laon se souvient de ses trois Instituteurs fusillés par les wurtembergeois et que rappelle une statue.

Quelques personnages ont contribué à la renommée de la ville: citons en peinture, les Frères Le Nain ou en littérature, notre incontournable Victor Hugo, dans « En voyage », une lettre adressée à sa chère Adèle : » J’ai quitté Laon ce matin, vieille ville avec une cathédrale qui est une autre ville, dedans, une immense cathédrale qui devait porter six tours et qui n’en a que quatre…Tout est beau à Laon, excepté l’horrible auberge de La Hure où j‘ai couché et sur le mur de laquelle j’ai inscrit ce petit adieu :

A l’aubergiste de La Hure :

Vendeur de fricot frelaté

Hôtelier chez qui se fricasse

L’ordure avec la saleté

Gargotier chez qui l’on ramasse

Soupe maigre et vaisselle grasse

Et tous les poux de la cité

Ton auberge, comme ta face

Est hure pour la bonne grâce

Et groin pour la propreté.


Citons encore, pêle-mêle Sérurier, natif de Laon et maréchal de France, gouverneur des Invalides sous Napoléon III. On mentionnera aussi le Père Marquette, qui en 1637 découvrira le Mississipi, ou plutôt nous en révèlera l’existence… ou encore le garagiste Chédaille, qui conçut et livra la première auto-chenille à Citroën, qui équipera la « Croisière noire » en 1924/1925.

Au détour d’une maison avec cour et hauts murs, une affichette en métal, siglée AIVF (Association Internationale Via Francigena) : elle signale l’étape d’un ancien « chemin », une route qui allait de Canterbury (Comté de Kent en Angleterre) à Rome où cheminaient les pèlerins, via le col du Grand Saint-Bernard. Cette via Francigena passe par Pontremoli (Toscane), qui, clin d’oeil du moment est aussi la ville d’origine de Lucienne Filippi, dont on a admiré les oeuvres dans notre musée. Il faudra retourner à Laon, car il reste des spécialités culinaires à tester (notre restaurant du midi « les Chenizelles » était agréable, le repas fut copieux et bon). On goûtera alors peut-être aux «merlettes au chocolat » ou au Pavé de Laon, une douce confiserie.

Le retour se fit sans encombre, ponctué par le décryptage des réponses au quiz historique, mitonné par Danièle. Le prochain rendez-vous culturel nous mènera à Senlis, autre ville royale…


Joël Jamet



Tout au long de l’année, vous pourrez découvrir, à l'intérieur du musée Émile Jean, des collections et des expositions sur le thème Archéologie / Histoire (Programme de l'Association Villiéraine Historique et Culturelle Guillaume Budé).


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