Association Villiéraine Historique

et Culturelle Guillaume Budé

Musée : 31, rue Louis Lenoir 94350 Villiers-sur-Marne    I     Horaires : mercredi et samedi après-midi de 14H00 à 17H00

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L’Association Villiéraine Historique et Culturelle Guillaume Budé


a présenté une conférence, animée par Danièle ABRAHAM-THISSE sur


Le Rire

(Samedi 1er février 2025)

Salle de la Microfolie, au musée Émile Jean, à Villiers-sur-Marne.



Le paradoxe du rire.


« Faut rigoler, faut rigoler… » Quand s ’éteignent les dernières notes incantatoires de la chanson interprétée par Henri Salvador, des sourires se lisent sur les visages, car tout le monde connaît cette chanson et son interprète.


D’emblée, notre conférencière Danièle Abraham-Thisse évoque la signification physiologique du rire, ce mécanisme de la communication, ce langage ambivalent. Le rire est un phénomène émotionnel qui engage aussi bien le corps que l’esprit, c’est un fait social dont la signification change selon les cultures et les époques. Les mots et expressions  relatives au rire foisonnent dans note vocabulaire : se marrer comme une  baleine, à gorge déployée, rire jaune, plisser les zygomatiques… Physique et cérébral, le « propre de l’homme » l’accompagne  depuis des siècles, il y a plus de 2500 ans, Bouddha riait déjà et les Grecs ne furent pas en reste avec Aristote « il faut faire rire son auditoire », Aristophane (bon orateur, il amusait le public de ses pièces) et l’esclave romain Esope, dont La Fontaine s’inspira pour ses fables…. Car le rire peut être dangereux pour l’ordre moral et le christianisme, va réprimer le rire comme la « grimace du diable », quelque chose d’obscène, qui détruit la beauté de l’âme, opposé au sacré Bouddha riant empli de grâce et de gravité. On mesurait l’importance sociale du rire, comme élément critique. Pour contenir ces manifestations potentiellement dangereuses, il y eut très tôt les carnavals et les fêtes, ces exutoires où défilaient les symboles des fous (fou-rire), les saltimbanques, les réprouvés de la  société, on pouvait rire à leurs dépens, se moquer de leurs  disgrâces, permettant ainsi de mieux occulter les siennes…

Puis, il y eut Rabelais qui utilisa le rire comme une arme, une verve satirique, volontairement scatologique, dont le but pédagogique était d’instruire en distrayant. Les peintres flamands érigèrent le rire au niveau de l’art, d’un art de vivre, les comédiens  italiens introduiront, quant à eux, la « Comedia del Arte ». En littérature, les exemples sont foison et les philosophes comme Diderot ou Montesquieu disserteront sur le rire comme arme de  contestation, de critique et de régulation sociale.

Au fil du temps, la libéralisation des mœurs permet une plus libre expression  de la   pensée, le rire va conquérir toutes les couches sociales et prendre des formes variées,  parallèlement à la presse ( Le père Duchesne ), au théâtre de boulevard (Labiche et Feydeau notamment), il y aura les cabarets et les chansonniers qui brocarderont les politiques, les mœurs bourgeoises, le rire devenant petit à petit une marchandise culturelle. Certaines périodes de reprises économiques, pleines d’insouciance (les après-guerres   notamment), furent  propices aux vaudevilles, comédies, films, opéras-bouffes. N’oublions pas les dessins et les caricatures, nombreuses dans les journaux satiriques. On citera parmi ces derniers « Le Canard Enchaîné » (1915) ou Hara Kiri (1960) devenu « Charlie hebdo »(1970), suite à un « bal tragique à Colombey… » ou encore l’Os à moëlle (1980) du regretté Pierre Dac.  


Mais, le débat social prend une forme inattendue avec la sempiternelle question de l’irrévérence et de savoir si l’on peut oui ou non, rire de tout. Et en plus, avec tout le monde. Visiblement, non, car les humoristes de « Charlie Hebdo » ont « payé » cher, victimes de  l’obscurantisme religieux et de l’ignorance. Si le rire est bienvenu, car transgressif, contestataire, nous vivons en réalité le paradoxe du rire, que l’on ne peut ni discipliner, ni censurer, mais on ne peut non plus ignorer la souffrance des victimes des moqueries ou des humiliations. Le rire peut blesser et perturber. Danièle introduit dans la réflexion, la limite du rire et du respect dû aux autres. Surtout quand ils nous sont étrangers, porteurs de leur culture et que l’on soit belge, juif, homosexuel ou simplement  différent, porteur d’un handicap quelconque ou d’une difficulté d’expression. Elle (Danièle) évoque alors la notion d’humour, qui est une forme d’esprit, une ironie respectueuse, un partage, facteur de cohésion. L’humour, gagnerait à être une forme d’autodérision, de « rire de soi-même», une autre façon d’interroger le réel, de  s’en étonner et douter de

nos croyances, de nos certitudes, de nos normes et, vertu suprême, de nous apprendre à «mieux rire » comme disait Montaigne. Bref, nous sommes renvoyés à nous -mêmes, au bon usage de notre discernement, de notre clairvoyance, gages du respect de la paix sociale, menacée dans ses fondements par des idéologies malsaines, qui, déjà dans le passé ont  mené le monde à la dérive et à la catastrophe.

 

Une fois n’est pas coutume, nous terminerons par le cadre dans lequel se déroula cette  conférence qui a regroupé plus de 65 personnes, massées sous les hauts plafonds de la  Micro-folie, occupant même la mezzanine. Un très grand écran permit d’illustrer les propos de notre conférencière par la projection d’extraits de films, d’opéras, de photos…  Une  conférence vivante.


Le pot d’après–conférence, qui se déroula un étage plus bas, « chez nous » au musée, fut l’occasion d’échanges sur le thème du rire, de la subtilité de l’humour, de la différence entre le rire franc et gaulois et le sourire avec la connivence en plus…


Joël Jamet

 


Tout au long de l’année, vous pourrez découvrir, à l'intérieur du musée Émile Jean, des collections et des expositions sur le thème Archéologie / Histoire (Programme de l'Association Villiéraine Historique et Culturelle Guillaume Budé).


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