Association Villiéraine Historique

et Culturelle Guillaume Budé

Musée : 31, rue Louis Lenoir 94350 Villiers-sur-Marne    I     Horaires : mercredi et samedi après-midi de 14H00 à 17H00

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6 février 1934.


Le 6 février 1934 marque un tournant tragique dans l'histoire de la IIIe République française, avec des émeutes sanglantes place de la Concorde à Paris. Cet événement, né d'une manifestation d'extrême droite, ébranle le gouvernement et ouvre la voie à une polarisation politique profonde.

La France des années 1930 est minée par une grave crise économique et un scandale politico-financier, l'affaire Stavisky. Le gouvernement radical d'Édouard Daladier, au pouvoir depuis janvier, est accusé de corruption et de laxisme ; la mutation du préfet de police Jean Chiappe, perçu comme proche de la droite, sert de détonateur.

Les ligues d'extrême droite, Action française, Jeunesses patriotes, Croix-de-Feu, Union nationale des combattants (UNC) et Solidarité française, appellent à manifester contre ce "régime pourri". Anciens combattants, nationalistes et conservateurs se mobilisent, voyant dans la République une menace fascinante, inspirée par Mussolini et Hitler.

Dès l'après-midi du 6 février, des cortèges convergent vers la place de la Concorde et la Chambre des députés, symbole du parlementarisme honni. Vers 17h, la foule grossit : 20 à 30.000 personnes s'amassent, scandant "À bas les voleurs !" et "Daladier au poteau !".

Le service d'ordre, composé d'agents à cheval, de gardes républicains et de pompiers, forme un barrage sur le pont de la Concorde. Les tensions montent : projectiles (pierres, lances d'incendie volées) pleuvent sur les forces de l'ordre, un bus est incendié, le ministère de la Marine est assailli. Vers 19h30, les premiers tirs à balles réelles éclatent ; la police, lapidée depuis des heures, riposte violemment.

La nuit transforme la manifestation en émeute : charges de cavalerie, barricades improvisées, fusillades nourries. À 23h30, un déblaiement général refoule les émeutiers vers les Champs-Élysées. Bilan effroyable : 14 morts civils (dont deux décès ultérieurs), un policier tué, plus de 1.400 blessés côté manifestants et 1.000 chez les forces de l'ordre.

Daladier proclame l'état de siège dans la nuit, mais démissionne le 7 février sous la pression de la rue. C’est la première fois qu'un gouvernement français tombe ainsi, sans vote parlementaire. Un cabinet Doumergue, plus conservateur, prend le relais avec pouvoirs exceptionnels, votés par le Parlement.

Les jours suivants voient l'escalade : manifestations de droite les 7 février, contre-manifestations de gauche les 9 (socialistes et communistes, 4 morts) et 12 (grève générale CGT), portant le bilan total à 30 morts. La police renforce son organisation, réquisitionnant gendarmes mobiles et cavalerie.

La crise accélère l'union des gauches : PCF et SFIO préparent le Front populaire victorieux en 1936, tandis que les droites se radicalisent, flirtant avec le fascisme. Le "mythe du 6 février" naît : pour la droite, c’est une tentative légitime de régénération ; pour la gauche, c’est un complot fasciste avorté.

Des commissions d'enquête, comme celle du député Pierre Appell, pointent les failles policières et les excès des deux côtés, sans responsables clairs. L'événement reste une des plus sanglantes émeutes de la IIIe République depuis Fourmies (Le 1er mai 1891, l’armée française a tiré sur des manifestants dans cetteville du nord de la France).

Encore aujourd’hui, le 6 février 1934 symbolise la fragilité républicaine face à la rue, dans un contexte économique tendu rappelant les années 1930.


Philippe CAUNOIS - AVHEC

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