Association Villiéraine Historique
et Culturelle Guillaume Budé
Musée : 31, rue Louis Lenoir 94350 Villiers-sur-Marne I Horaires : mercredi et samedi après-midi de 14H00 à 17H00
Mise à jour janvier 2026 l 06 14 48 09 99 l musee-emile-jean@gmail.com
Choisir un livre : quand les titres s’épanchent …
Si la couleur dominante d’un livre attire notre regard, le titre se doit tout autant d’être accrocheur. Bien sûr, il y a les titres répulsifs, ceux qui évoquent les thèmes qui nous indiffèrent, ou nous révoltent, nous répugnent, qui se font l’écho de traumatismes que l’on fuit : à chacun son ressenti. Et il y a ceux qui souvent (systématiquement ?) nous feront tendre la main vers les volumes et les saisir : le titre dont on a entendu parler, le titre conseillé, le titre qui intrigue (ah le mot mystère !), qui choque (« Enfant de salaud », de S. Chalandon ; « La Fabrique des salauds », de Chris Kraus) , qui évoque un lieu connu, une personne célèbre, un évènement qui nous a marqué, qui évoque un problème contemporain ou un épisode vécu, un titre qui inquiète comme un titre qui rassure, un titre qui synthétise le contenu du livre, sans parler des titres dont on ne comprendra le sens qu’une fois le livre lu.
Un titre se doit donc d’être éloquent, percutant, en même temps que séduisant, une sorte de boîte à secrets que l’on a envie d’ouvrir. Longtemps les titres étaient brefs : un nom, un prénom, un lieu, tout au plus deux ou trois mots et beaucoup le sont encore : (« Soif » d’Amélie Nothomb). Mais on constate depuis quelques années l’apparition de titres à rallonge, de véritables phrases. Florilège (non exhaustif) : « Personne n’a peur des gens qui sou-rient » ( V. Ovaldé), « Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » (Shaffer et Barrows), « Les vieux ne pleurent jamais » ( C. Curiol) ; « Ne crains pas l’ombre ni les chiens errants ( C. Zabka) ; «Le vieux qui déjeunait seul » (L.Wiazemsky) ; « Le Banquet annuel de la Confrérie des fossoyeurs » ( M. Enard), « Que sur toi se lamente le Tigre « E. Malfatto ; « Et d’un seul bras, la soeur balaie sa maison (C. Jones) ; « Un coeur solitaire dans une maison trop grande » (J.-P. Malaval) ; « Les gens heureux lisent et boivent du café » ( A. Martin- Lugand) ; « Le Grand Rire des hommes assis au bord du monde » (P. Weiss) et tous les livres ou presque de Virginie Grimaldi, grande spécialiste du genre : « Et que ne durent que les moments doux » ; « Il est grand temps de rallumer les étoiles » ; « Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie ».
S’agit- il d’une simple démarche de marketing ? Du seul désir de changer ? Croit- on nécessaire de donner plus de sens au contenu du livre dès son titrage ? Espère-t-on vraiment, amuser, intriguer davantage le chaland avec ces titres qui, au contraire, sont parfois plus obscurs qu’éloquents ? Certes, quelques auteurs du passé ont amorcé la démarche avec de très beaux titres : Marcel Proust n’est- il pas l’un d’eux avec « A la re-cherche du temps perdu » ou Kundera avec « L’insoutenable légèreté de l’être » ? Mais on restait dans le poétique délicat et calibré. C’est rarement le cas aujourd’hui. Si des titres sont plus explicites que d’autres : on sait par exemple qu’avec V. Grimaldi, on aura un texte sentimental, mais que penser des éplucheurs de patates (il s’agit en fait d’un groupe de résistants ! Excellent livre par ailleurs ?
Les titres tournent donc à la formule, pour ne pas dire la sentence proverbiale ou à l’incantation. Il est des auteurs qui veulent y mettre de l’humour, ou de la dérision, quand d’autres tombent quelque peu dans le racolage : plus c’est invraisemblable, mieux cela est. Quelle réaction avoir face à « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau », de O. Sacks, ou encore, « L’Extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea » (ouf !) de R. Puertolas. Je ne sais pas, vous, mais moi, ce manque de sobriété, au mieux, me fait sourire… et je ne regarde même pas le livre, tant il affiche un manque de modestie et peut être, un manque de confiance de l’auteur (ou de l’éditeur !) dans l’ouvrage. Alors phénomène de mode ou méthode destinée à un avenir prometteur ? A vous de juger !
Danièle Abraham-Thisse