Association Villiéraine Historique
et Culturelle Guillaume Budé


L'affaire Stavisky, survenue en 1934, est l'un des plus grands scandales politico-
Alexandre Stavisky, né en 1886 en Ukraine, a émigré en France avec sa famille en 1898. Il a grandi à Paris et fréquenté le lycée Condorcet. Surnommé "le beau Sacha", il est décrit dès 1924 par la police comme un "chevalier d'industrie" sans scrupules, beau parleur et séducteur exploitant les femmes aisées. Dès 1910, il enchaîne les escroqueries : faux chèques, détournements de dots, comme avec la veuve Mazier en 1915 (trois mois de prison) ou Jeanne Bloch en 1921.
Marié en 1928 à Arlette Simon, mannequin de Coco Chanel, Stavisky fréquente les milieux mondains et politiques, utilisant son charme pour tisser un réseau de protections. Malgré dix-
En 1931, dans un contexte de crise économique post-
Ces bons, promettant 5% d'intérêt et garantis par une institution réputée, sont revendus à des investisseurs naïfs ou institutions comme des mutuelles et caisses d'assurances sociales. Garat, Tissier et d'autres complices encaissent les fonds ; Stavisky arrose police, presse et politiques pour étouffer les soupçons. Un contrôle fiscal du ministère des Finances révèle la fraude le 23 décembre 1933, menant à l'arrestation de Tissier.
L'enquête, dirigée par Albert Prince du parquet de Paris, expose les complicités : le ministre Albert Dalimier reçoit des montres de luxe ; le sénateur René Renoult et le député Gaston Bonnaure sont compromis ; le procureur Pressard, beau-
Stavisky fuit Paris et se retranche dans un chalet à Chamonix ("Le Vieux Logis"). Le 8 janvier 1934, il y est retrouvé agonisant d'une balle dans la tête, mourant le lendemain malgré une trépanation. Suicide officiel ou assassinat ? La presse s'interroge : Le Canard enchaîné ironise sur un "suicide d'une balle tirée à 3 mètres". Ses protections politiques soupçonnées d'avoir voulu le faire taire.
Le scandale explose : droite et extrême droite (Action française) dénoncent la corruption "stavisqueuse" des radicaux-
La polémique s'amplifie avec la mort mystérieuse d'Albert Prince le 9 février : son corps est retrouvé mutilé sous un pont ; Pierre Bonny arrête à tort des malfrats marseillais. L’antisémisme resurgit contre l'origine juive de Stavisky, la xénophobie pointe la naturalisation "laxiste".
Le 6 février, jour de l'investiture de Daladier, 40 000 manifestants d'extrême droite (Croix-
Cet événement marque la crise de la IIIe République, alimentant l'antiparlementarisme et préfigurant le Front populaire de 1936.
Le 16 février, commission parlementaire présidée par Henri Guernut (Ligue des droits de l'homme) auditionne 328 témoins en 185 séances jusqu'en mars 1935. Rapport accablant sur l'impunité, mais sans pouvoirs judiciaires.
Procès en Cour d'assises (novembre 1935-
Cette affaire révèle les failles du régime : corruption endémique, justice engorgée, instabilité (20 gouvernements en 3 ans). Elle accélère la montée des extrêmes, contribue à la victoire du Front populaire en 1936. La IIIe République prendra fin en 1940.