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Mise à jour mars 2026

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Avec le temps.


Entendant les douze coups de midi, Christophe dit : « enfin midi vint et j’ai grand faim ! ».

5 ans plus tard, « c’est sûr, c’est vers midi vingt que Christophe arriva à ses fins ! ».

Après 10 ans : Ah, Christophe, mi-humain, mi-divin avait l’humour assez fin ! ».

Au-delà de l’exemple un peu foutraque, j’en conviens, est-ce ainsi que les hommes construisent leurs souvenirs et leurs légendes ? Le souvenir est quelque chose d’incertain, de volatil, aggravé lorsque plusieurs personnes ont assisté à la même chose en même temps et ne se souviennent pas exactement de la même chose.

Le souvenir est psychiquement important, il nous permet de marquer notre passage dans le temps, de nous situer à l’aide de ces jalons temporels qui, même s’ils furent importants, ont tendance à s’étioler au fur et à mesure que le temps passe. D’où le caractère vital de la mémoire qui assure la fonction du souvenir et se trouve confronté à une masse d’informations cognitives impossibles à stocker pour notre cerveau, d’où la nécessité de faire un tri : alors, la mémoire serait-elle aussi l’oubli ? On dit qu’elle se cultive et il nous arrive de constater que bien des choses ont été oubliées : « pourtant, c’était il n’y a pas longtemps, ah, ma mémoire me joue des tours ! » En fait, ces tours sont des trous et c’est normal. Pour éviter les trous, on s’efforce de conserver ce qui est pour nous l’essentiel du souvenir, on lui donne des contours nets, on l’enrichit même dans la durée, on le cultive par la répétition et il finit même par devenir plus riche que l’instant alors vécu. Mais, globalement, l’oubli est plus fort que la mémoire. Pour illustrer notre cas, appelons à la rescousse le syllogisme : « Tous les hommes sont mortels, je suis un homme, donc je suis mortel ».

L’exemple est connu depuis Socrate, si vous n’avez pas de trou de mémoire.

Dans la mythologie jurassienne (du Jura), il existe le « syllogisme fromager » : « Dans le gruyère il y a des trous. Plus il y a de gruyère, plus il y a de trous ; mais plus il y a de trous, moins il y a de gruyère. Donc, plus il y a de gruyère, moins il y a de gruyère ». Remplacez maintenant gruyère par mémoire et cet exercice plaisant vous aura peut-être aidé à comprendre…

J’ai repris ce texte après plusieurs jours et vous allez rire, mais je ne me souviens plus de ce que je voulais vous dire. J’ai comme un trou de mémoire. La cata ! C’est alors qu’une main s’est posée sur mon bras et une voix sirupeuse m’a susurré : « grâce à l’intelligence artificielle nous pouvons régler votre problème de relation temps/monde, présent/passé et il suffit de nous faire confiance ! Prenez votre smartphone, scannez le QR Code de l’appli qui gère vos trous ! Nous pouvons vous restituer ce que vous avez oublié et mieux, nous pouvons même penser à votre place pour rédiger ce que vous nous demanderez ! Comme si c’était vous ! Vous verrez, c’est facile et reposant ! On n’y verra que du feu ! » Elon Musk, ce doux dingue, rêve de nous offrir à tous des implants cérébraux pour que nous puissions être en interface avec les ordinateurs et les dominer. Non ! Nous ne sommes pas des souris de laboratoire, encore moins des rats « muskés » ! Il veut nous faire passer du Hihan à l’IA ma parole ! NON ! Je n’abandonnerai jamais mes mots et mes phrases à des algorithmes sans âme ni passion ! Comment voulez-vous exprimer les choses, si vous n’en avez jamais expérimenté la substance, ni ressenti l’émotion ?

Je préfère mon intelligence non artificielle, ma capacité à dire et écrire « je », quitte à l’oublier un instant et non subir un texte désincarné, insensible à l’écoulement des instants comme « l’image mobile de l’éternité » (Platon). Comme l’écrivait quelqu’un qui savait de quoi il parlait, Victor Hugo :

« Et les mots, qu’on se le dise, sont des êtres vivants ».


Joël JAMET



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