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La censure sous le régime de Vichy.


La censure sous le régime de Vichy représente un outil central de contrôle idéologique et propagandiste durant l'Occupation allemande. Elle s'inscrit dans un contexte de défaite nationale et de collaboration, avec des répercussions profondes sur la société française et des leçons durables pour l'histoire mondiale.


Après la débâcle militaire de juin 1940 et l'armistice signé le 22 juin, la France est divisée en zone occupée (nord et ouest) et zone libre (sud). Le régime de Vichy, dirigé par le maréchal Pétain, adopte une politique de "Révolution nationale" mêlant conservatisme moral, antisémitisme et collaboration avec l'Allemagne nazie. Dès septembre 1939, une censure militaire existait pour des raisons de "sécurité", mais l'armistice marque un tournant : les Allemands imposent l'ordonnance du 18 octobre 1940 en zone nord, exigeant l'"aryanité" des éditeurs et interdisant toute publication nuisant au Reich. Vichy, en zone sud, reprend ce contrôle via la loi du 3 septembre 1940 contre les tracts clandestins, créant un service civil de censure dès juillet 1940.

Cette censure s'appuie sur un double dispositif : allemand (Propaganda Abteilung) et français (ministère de l'Information). Elle vise non seulement à réprimer, mais à promouvoir un "ordre nouveau" par la propagande, touchant presse, édition, radio et arts. Les médias doivent éviter les termes comme "gouvernement de Vichy" pour ne désigner que "le gouvernement français".


La censure est préventive et quotidienne, mêlant interdictions, obligations et autocensure. En zone nord, l'ordonnance du 10 janvier 1943 prohibe tout contenu "préjudiciable à l'ordre" ; les Allemands confisquent 20.000 livres lors d'un raid à Paris le 14 juillet 1940 et dressent les "listes Otto" (1.060 titres interdits, dont beaucoup de Gallimard). Vichy signe une convention d'autocensure avec les éditeurs en décembre 1940, leur laissant une illusion de liberté conditionnelle.

Presse : 39 journaux parisiens fuient en zone sud (Le Figaro, L'Action française), mais le papier est rationné. Pierre Limagne, de La Croix, note dans son Journal clandestin un équilibre entre interdictions (sur les défaites alliées) et infos obligatoires (détaillées jusqu'au nombre de colonnes). Les radios autorisées sont Radio Paris et Radio Vichy.

Édition et culture : les Éditions Denoël et Sorlot sont fermées pour ses positions anti-naziez d’avant-guerre ; les librairies sont épurées. La propagande vichyste s’exerce sur quatre axes : exaltation de Pétain, antisémitisme, anticommunisme, moralité "travail-famille-patrie".

Répression : l’impression de tracts contre le gouvernement sont punis de mort ou travaux forcés ; 400 travailleurs du livre résistants seront tués. La presse clandestine émerge (Combat, Libération).


La censure vichyste illustre comment un régime collaborationniste s’intègre à un régime totalitaire et pose aussi la question de la "collaboration passive" des élites culturelles.


Après la guerre, la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 rappelle qu’il est du devoir des États, quel que soit le système politique, économique et culturel, de promouvoir et de protéger les droits humains de toutes et tous... Et de protéger la liberté d’expression.


Aujourd'hui, dans un monde de fake news et de censures numériques (Chine, Russie), la liberté de presse est un rempart contre l'autoritarisme.


Ce cas français, allié "vaincu" nazi, révèle les mécanismes universels de désinformation en temps de crise, essentiels pour comprendre les populismes contemporains.



Philippe Caunois -  Mars 2026 - AVHEC


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